2-G CHEMIN CHASLES

   2-G  

Le Chemin Chasles

ou voie de Jublains (NOVIODUNUM)  

à Corseul (FANUM MARTIS).  

 

      Cet ancien chemin paraît être une voie romaine, peut-être la voie de Jublains (Noviodunum) à Corseul (Fanum Martis), réparée à l'époque carolingienne. Nous pouvons ainsi trouver l'origine de son nom de Chemin Chasles qui semble une altération de Chemin de Charles, en référence à l'empereur Charlemagne. La voie n'est citée ni dans la Table de Peutinger, ni dans l'Itinéraire d'Antonin 

      Le Chemin Chasles entre dans notre département à cinq kilomètres à l'est de la Selle-en-Luitré, à la jonction de la route de la Pellerine (Mayenne) avec la route nationale N12, de Fougères à Ernée. Il suit la route D22, vers la Selle-en-Luitré, en formant la limite des communes, sur une distance de 1 800 m, après l'Ermitagne, au lieu-dit Charles, encore une allusion à la voie, et se prolonge vers l'ouest sur les landes de la Chapelle, comme chemin rural, pendant trois kilomètres. Il coupe, à 1 400 m de Charles, la route D109, de Luitré à la Chapelle-Janson et continue sous la forme d'un chemin rural long de 2500 m, limite des communes jusqu'à la Petite-Boussardière.

 

     A cet endroit, il sépare les communes de la Chapelle-Janson et de la Selle. On voit sur le bord du chemin, près de la Boussardière, un quadrilatère clos de haies, d'environ cent mètres carrés, appelé la Table du Roi. La légende raconte qu'un roi y aurait pris son repas. A côté, on voit l'abreuvoir où auraient bu les chevaux du roi (1).  

      Nous sommes à la fourche de notre voie avec le Chemin des Rochelettes, voie 2-H, qui continue en direction de Fougères (voie Jublains Alet). Cent mètres à l'ouest du lieu-dit la Boussardière, se trouvent les traces d'une enceinte carrée d'environ un hectare, appelée sur d'anciens textes la Haie Charles, et dont seulement le côté sud subsiste. Enfin, des retranchements sont visibles au village de la Coëtfordière, à 500 m nord-ouest de la Boussardière (2). 

voie sud Javené 

e Chemin Chasles disparaît alors pendant deux kilomètres, seulement visible sur les anciens cadastres, jusqu'à la Buffetière. Il suit ensuite, pendant cinq kilomètres, un chemin rural qui rejoint la route de la Selle à Vendel (D22). Cette route, 300 m à l'ouest de sa jonction avec le chemin rural, coupe la voie ferrée de Fougères à Vitré. Elle passe à Cocane, la Grandinière, les Quatre Vents, la Croix des Cinq Chemins où elle croise la D798, de Fougères à Dompierre-du-Chemin. On la voit ensuite à la Lande et, deux kilomètres plus à l'ouest, elle coupe la D106 de Javené à Parcé, 2 200 m à l'ouest, et 800 m au sud de Javené.

      Après la Pelouère, la voie franchissait autrefois le ruisseau du Muez à gué près du moulin de Bécan. Puis son tracé suit la D22 jusqu'à la Rouelle, disparaît pendant un kilomètre, réapparaît à Marmande (3) et la D22 rejoint Vendel par la Fosse, le Bas Chemin et la Maison Neuve.

      Au lieu-dit la Fosse, se trouve le départ du circuit de randonnée pédestre Rando Plume. La route goudronnée qui passe aux hameaux du Bas Chemin et de la Maison Neuve, se trouve à l'intersection avec la voie d'Avranches à Angers (voie 2-D). C'est également la jonction avec la voie venant du Mans (le Mans - Corseul)

 

voie à Vendel  

       On perd ensuite la trace de la voie. le Pont Notre Dame qui enjambe le Couesnon juste à l'ouest de Vendel pourrait avoir succédé à un ancien gué. 

         Certains archéologues ont supposé qu'à Vendel, le Chemin Chasles se séparait en deux voies distinctes, l'une vers Saint-Aubin-du-Cormier (4) alors que l'autre prenait la direction de Vieux-Vy-sur-Couësnon. Mais c'est peu probable, étant donné que la voie menant vers Saint-Aubin semble être la voie 1-F, de Rennes à Fougères et Lisieux. 

       On a également signalé, à environ un kilomètre au nord de Mézières-sur-Couesnon, un chemin rural dit le Chemin Pavé et orienté de l'est-sud-est à l'ouest nord-ouest. Sur le territoire de cette même commune, près de la route de Combourg, ont été exhumées des tegulae et des briques romaines, ainsi qu'une sorte de baignoire en pierre, munie de tuyaux de plomb (5). 

      Mais si, en toute logique, nous conservons la même direction nord-ouest, nous restons sur la ligne des hauteurs. Depuis l'Epine (commune de Saint-Marc-sur-Couësnon), un chemin vicinal rejouint les Beauces, après avoir traversé le ruisseau d'Everre, et se continue par la Trouslanière. Puis, c'est la D22 qui conduit à Saint-Ouen-des-Alleux par la Jourlais et la Bouëxière.

  

dans un talus, radier de la voie?

     A l'ouest de Saint-Ouen, nous continuons son tracé par Melleray, la Mézière, le Croisé, le Clotay et Pavée, plusieurs toponymes liés au passage d'une voie antique. La voie atteint ensuite Vieux-Vy-sur-Couësnon dont le nom vient du latin vetus vicus, le vieux bourg.

       Cette commune est citée dès l'année 1030. Son église Saint-Germain, du XIème siècle, fut rebâtie sur les ruines d'un édifice plus ancien, peut-être d'origine gallo-romaine.

église Vieux-Vy

       Diverses découvertes sur le site de la commune attestent de son ancienneté, meules gallo-romaines, cercueils mérovingiens. On voit, au nord du château d'Orange, situé à 700 m de Vieux-Vy et 600 m à l'est de la route de Gahard, d'importants restes de défenses qui font penser à un ancien camp romain. Ils occupent un plateau de 60 m de hauteur, au confluent du Couësnon et de l'Alléron, près de la voie. Ce camp est entouré d'un retranchement avec deux buttes au nord-est et au sud et il est protégé au sud-ouest par deux talus de 10 m de hauteur. Ses plus grandes dimensions sont de 500 m sur 300 m (6). Ce fort aurait pu défendre le carrefour de la voie avec celle de Rennes à Avranches (voie 1-E) ainsi que le gué permettant de franchir le Couesnon. 

butte d'Orange

        Ensuite la voie aurait pu passer près du village de la Bigotais, sur la Lande des Châteaux, à 1 600 m à l'est de Feins, sur le bord de la route de Sens. Certains archéologues pensent qu'un autre camp aurait pu défendre le croisement de la voie avec celle de Rennes à Avranches (voie 1-E). On a en effet retrouvé à cet endroit des briques à rebords et des ruines de fondations (7). 

    De là, elle aurait gagné Feins, généralement considéré comme le Ad Fines de l'Itinéraire d'Antonin (voir explication détaillée sur voie 1-D, route du sel). 

       La voie aurait ensuite rejoint le bourg de Dingé. On a pensé que Dingé était un camp militaire romain : la Motte aux Anglais. On a retrouvé sur le territoire de la commune des traces d'industrie métallurgique, en forêt de Tanouarn, ainsi qu'un trésor constitué d'un vase plein de monnaies romaines des IIème et IIIème siècles (8).

la Motte des Anglais, Dingé. 

     Le Chemin Chasles passait ensuite, mais ce n'est là qu'une supposition si l'on imagine suivre la même direction, au sud de Combourg, près du village du Vieux-Châtel, et auprès des mottes dites des Vieux-Châteaux, à 800 m au sud-est de la ville, sur le bord de la route de Lanrigan (9). Les lieux nommés le Châtel tirent généralement leur origine d'une fortification de l'époque gallo-romaine ou de celle du Moyen-Age. Au sud-est  de l'étang de Combourg, des traces de la voie, talus et empierrements, étaient encore visibles au XIXème siècle.

Combourg

Combourg, l'étang et la château    

        L'origine du nom de Combourg vient des radicaux com, le val, et born, la frontière, nous signifiant que Combourg était située à la frontière entre le peuple des Riedones et celui des Coriosolites. La cité était un centre de marché et d'artisanat . On y a découvert des ateliers de tuiles, près des Champs-Moiteaux, et des fonderies de fer. Des vestiges romains, dont un petit temple à la Haute-Boissière peuvent laisser présager d'autres découvertes urbaines, entre autres des thermes publics qui attesteraient de son importance gallo-romaine. Le site des Cinq-Chemins semble correspondre à un ancien vicus datant des premiers siècles de notre ère. 

 

       Autre possibilité, après Sens-de-Bretagne, nous rejoignons Combourg par Lanrigan en suivant un chemin rural orienté nord-ouest, pendant dix-sept kilomètres, depuis la Grande Barre (sortie ouest de Sens) jusqu'au village de la Haye, sur la route de Combourg à Saint-Léger-des-Prés. L'ancienneté de ce chemin est justifiée par son appui sur le parcellaire, tout le long de son parcours.

Quelques lieux-dits le long de ce chemin : PromptTilléMontillousel'EntreferrièreChenillé et la Lande Rose.

Le 1depuis Sens, de droite à gauche, second parcours possible par la Haye

 

Le mans corseul 5

 

        Après la vallée du Gué de Margatte, la voie aurait ensuite suivi la route départementale D794, de Combourg à Dinan, en passant par Meillac dont le suffixe ac accuse une origine gallo-romaine, acum. La paroisse est citée dès 1137 et on a repéré sur le territoire de la commune d'anciens ateliers de fonderies. La motte féodale du Tertrais, dominant toute la région, aurait une origine très ancienne (10). 

     Depuis Saint-Pierre-de-Plesguen, la voie se réunissait avec celle de Rennes à Corseul avant de traverser la Rance à Lehon. 

 

NOTES SUR JUBLAINS, ORIGINE DE LA VOIE        

Jublains

vue aérienne cité gallo-romaine de Jublains - Noviodunum. 

Jublains

muraille gallo-romaine

Theatre

le théâtre

Rues

rues de la cité antique       

Voiela voierie antique, cardi (nord-sud) et decumani (est-ouest)   

Forteresse2

Noviodunum, essai de reconstitution

La cité de Jublains en Mayenne, capitale du peuple des Diablintes, fut totalement reconstruite à la Romaine sur les ruines d'un sanctuaire gaulois dédié au dieu Mullo. Son plan géométrique avec forum, monuments et temples en fit la "ville neuve" de Noviodunum. Ce lieu d'artisanat et d'entrepôts était une plaque tournante du commerce vers l'Armorique jusque vers le milieu du IIIème siècle, période où elle se mit à progressivement décliner jusqu'à sa complète disparition au Vème siècle. Aujourd'hui, c'est un petit village de 700 habitants.

NOTES SUR LE CHEMIN CHASLES :  

Intersections avec d'autres voies : 

- Il coupe le chemin de Cocaigne (voie 2-C),  à la Pellerine, ainsi que le chemin des Rochelettes (voie 2-H) à la Boussardière.

- la voie Avranches Angers (voie 2-D), au sud du bourg de Javené,

- celles de Saint-James(voie 2-E), Le Mans - Corseul (voie 2-S) et Rennes à Lisieux (voie 1-F), à Vendel,

- Avranches à Rennes (voie 2-F), aux environs de Saint-Ouen-des-Alleux,

- Avranches à Rennes par Sacey (voie 1-E), à Vieux-Vy-sur-Couesnon,

- la voie vers Roz-sur-Couesnon (voie 1-D), au sud de Marcillé-Raoul,

- vers Dol (voie 1-C),  à Combourg,

- vers Alet (voie 1-B), au sud de Saint-Pierre-de-Plesguin,

- la voie de Nantes à Corseul (voie 2-J), à Lehon.

Le carrefour de Vendel :

            A l'est de Vendel, la voie de Jublains à Corseul, qui allait vers le sud-est, change de direction et se continue plein est. Si l'on suit le prolongement du tracé, c'est une autre voie, qui, depuis Corseul et en direction de Laval et du Mans, passe par Billé, Parcé et Princé. 

 Cela veut dire qu'à cet endroit, trois voies se sont croisées, faisant de Vendel un important carrefour routier. La première de ces voies, venant de Saint-James, était appelée Rue des Tombeaux (11) et la voie venant de Fougères est encore connue aujourd'hui sous le nom de Route de la Chasteté.

   

 Vendel est citée comme paroisse dès le VIIème siècle, elle possédait à cette époque un atelier monétaire. Son église paroissiale Saint-Martin est mentionnée dans des textes du XIème siècle, comme propriété de l'abbaye Saint-Florent d'Anjou. La chapelle primitive pourrait avoir succédé à un monument plus ancien.

 

 

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RENVOIS :  

(1) Société archéologique d'Ille-et-Vilaine.

(2) Société archéologique d'Ille-et-Vilaine.

(3) la voie franchit le ruisseau de Charles (encore une fois, notons le patronyme) entre Marmande et la Fosse   

(4) Notes sur l'histoire de la ville et du pays de Fougères - le Bouteiller.

(5) Notice historique sur la baronnie de Fougères - MM Bertin et Maupillé.

(6) Histoire des archives de Saint-Malo (1909). Société archéologique d'Ille-et-Vilaine.

(7) Supplément à l'inventaire des monuments mégalithiques - P. Bésier. - Géographie pittoresque d'Ille-et-Vilaine - A. Orain.

(8) Société archéologique d'Ille-et-Vilaine.  

(9) Société archéologique d'Ille-et-Vilaine.

(10) Paul Banéat 

 

(11) De nombreux cercueils en calcaire et en granit ont été exhumés au bord de la route de la Chapelle-saint-Aubert.

  

(12) pour de plus amples explications, lire la rubrique milliaires

 

 

 

 

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