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1-E VOIE DE RENNES A AVRANCHES

Voie 1-E 

 

Voie de Rennes (CONDATE)

à Avranches (LEGEDIA ou INGENA),

 à Coutances (COSEDIA),

à Alleaume (ALAUNA) 

et à Cherbourg (CORIOVALLUM). 

connue sous les noms de

Chemin Perré

Chemin de la Chèvre

Chemin de Ratelle

Chemin du Val

Chemin de la Reine. 

 

            La Table de Peutinger mentionne une voie de Condate à Legedia, Cosedia et Coriovallum. L’Itinéraire d’Antonin en cite une se dirigeant de Condate vers Ad Fines, Fanum Martis, Cosedia et Alauna.               

peutinger 

Extrait de la table de Peutinger, Rennes Avranches (Condate - Legedia)

          S’agit-il alors de la même voie ou de deux  voies distinctes ? En tous cas, elles ne sont pas indiquées toutes les deux sur un même document, et pourtant la ville de Coutances (Cosedia) est citée sur les deux parcours. Alors, s’il existait deux voies distinctes, elles seraient parallèles et éloignées l’une de l’autre de seulement quelques kilomètres, ce qui semble difficilement concevable.

       Plusieurs tracés en ont été proposés par les historiens au XIXème siècle, mais il semblerait que certains d'entre eux conduisaient plus vraisemblablement vers les grèves de la baie du Mont-Saint-Michel, et auraient correspondu à des routes du sel (voir voie 1-D vers Roz-sur-Couesnon) dont un embranchement à Sains aurait pu mener vers Avranches, la capitale du peuple des Abrincates.

         Mais, vraisemblablement, les deux tracés les plus à l'est retiendront davantage notre attention.

         Le premier suit la voie 1-F de Rennes à Vieux, par l’actuelle route de Fougères (N12), jusqu’à l’embranchement de Saint-Sulpice-la-Forêt. Il continue ensuite vers le nord et passe près de Saint-Sulpice et de Sens. Ce tracé se dirige directement vers Avranches (1), et il passe à huit kilomètres à l’ouest de Feins. Il semble suivre l’ancienne route nationale N24 vers Fougères, depuis son départ de Rennes, jusqu’à son embranchement avec la route de Saint-Sulpice-la-Forêt :   

          A la sortie de Rennes, près du parc des Gayeulles, au nord-ouest du château de Vaux, on trouvait encore, au milieu du siècle dernier, un chemin rural long de 400 m, commençant 1 600 m après l’embranchement, et 200 m au nord de la route de Fougères. Il passait au village de Calendroux et, à cet endroit, il servait de limite aux communes de Rennes et de Cesson. Puis il débouchait sur la route de Rennes à Saint-Sulpice. Son premier tronçon avait une longueur de 800 m, et on l’appelait Chemin du Val : Au cadastre de 1809, Chemin du Veau, au cadastre de 1840, Chemin de Ratelle.

le chemin du Val, à gauche restes des anciens talus 

            Nous noterons aussi dans les parages, le nom de Bouëxière.   

          On retrouve ensuite la voie, route de Saint-Sulpice (D97), sur une longueur de 2 200 m, jusqu’à la Touche. On l’appelait autrefois en cet endroit Chemin de la Reine (2)

           En face de la Touche, un chemin vicinal, long de deux kilomètres et demi,  se détache de la route vers l’est, servant de limite aux communes de Betton et de Liffré, et suivant la lisière ouest de la forêt de Rennes. Juste à l'intérieur de la forêt, on aperçoit encore très bien le bombé de la voie, parallèlement à la route actuelle. Ce tronçon de voie fut utilisé comme chemin jusqu'au XIXème siècle

En forêt, près du centre équestre de la Hublais, le bombé de la voie à droite, et les fossés latéraux

           Un peu au sud, près de la bifurcation, dans un champ dépendant de la ferme du Saut du Cerf, apparaissent encore quelques vestiges d’une motte qui avait autrefois, paraît-il, trois mètres de hauteur, et qui était entourée d’une douve (3). La tradition conserve le souvenir d’une Ville Rouge située dans les environs.  

           De la voie, on a retrouvé à très faible profondeur, de nombreux cailloux provenant d’empierrements anciens. On a également exhumé un vase contenant des monnaies romaines des IIème et IIIème siècles (4).   

            Il y a un siècle, la largeur de la voie était à cet endroit de huit mètres, mais elle a diminué de moitié, suite à la vente faite par la commune de la part qui lui appartenait. De gros talus très anciens bordent une partie de son côté est.

la voie longe l'ouest de la forêt de Rennes

chapelle St Sulpice

Saint-Sulpice, la chapelle Notre-dame sur l'eau (XVème?) 

            Elle passe par le Chêne aux Plaids (à 600 m de son embranchement) et par le Chemin Chaussé  (1 400 m plus loin), coupe à 300 m au-delà la D25 de Mouazé à Chasné, et se poursuit au nord de la route pendant 1300 m. Ensuite, à 400 m plus au nord, elle passe aux fermes de la Haute-Rabotière et de la Basse-Rabotière (5) dont les cours ont longtemps conservé des traces de pavages.  

            A 1 400 m du point où la voie disparaît, on croit en retrouver les traces dans un chemin rural long de 1 100 m, qui part de l’embranchement des routes de Saint-Aubin-d’Aubigné à Chasné, et à Ercé-près-Liffré. Des poteries romaines ont été trouvées au Grand-Mézeray, 600 m à l’est du point où cesse le chemin. On signale aussi la voie à 1300 m plus loin, formant un chemin rural qui sépare pendant deux kilomètres et demi la commune de Gahard et celles de Saint-Aubin-d’Aubigné et d’Andouillé-Neuville. Ce chemin se voit au sud du Bois de Borne, sous la forme d’un talus de deux mètres de hauteur, bordé de deux fossés et de deux talus plus petits.

La voie à la Lande-Vallée, entre le bois de Chinsève et le bois de Borne

Le bombé de la voie dans le bois de Borne

Rennes avranches

  La voie de Saint-Aubin d'Aubigné au bois de Borne

          Voici la reproduction de deux coupes réalisées par Alfred Ramé, croquis extraits de ses cartons, archivés à la société archéologique d’Ille-et-Vilaine :   

  

coupe voie

VOIE DE RENNES A AVRANCHES, A 3 KM ET 3 KM ½ AU NORD-EST DE SAINT-AUBIN-D’AUBIGNE.  

Légende :   .0__   _    __.1__      ____2.___      __3_.___     __4.m

A.     Pierres de fondation de différentes tailles, posées généralement à plat, avec beaucoup de sable dans les joints. 

B.     Pierres cassées, pierrette et sable.  

(Archives Société archéologique d’Ille-et-Vilaine : Cartons de monsieur A. Ramé)  

           

          La voie longe la lisière du Bois de Borne puis elle se confond avec la route de Rennes à Antrain, servant de limite à plusieurs communes. 

          A un kilomètre au nord-est du Bois de Borne, à l’ouest du village du Vivier, sur le bord de la route, nous pouvons voir des lignes de talus parallèles, sur une longueur de deux kilomètres. Ces talus mesurent près de deux mètres de haut, et cinq à six mètres de largeur à leur base. Monsieur Bizeul, historien, a indiqué qu’ils correspondraient à des retranchements faits par l’armée bretonne avant la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, en 1488. Mais ils pourraient être attribués à une époque beaucoup plus reculée (6).

La voie de Sens à Romazy            

            Deux kilomètres et demi au nord de Sens, la voie se détache de la route actuelle D175, fait à cet endroit un coude prononcé vers l’est, et se prolonge en ligne droite sur un parcours de 2 200 m dans la direction de Romazy, en traversant la route de Rimou.

 La voie près du lieu-dit le Chemin, à l'ouest de Vieux-Vy  

        Nous noterons plusieurs intersections avec d'autres voies : elle coupe la voie 2-B de Carhaix à Ernée, à Sens-de-Bretagne, puis la voie 2-G de Jublains à Corseul (Chemin Chasles) près de Vieux-Vy-sur-Couesnon. Enfin elle croise la voie 2-H, ou Chemin des Rochelettes, à Tremblay. Ce qui peut nous laisser à penser que les trois communes de Sens, Vieux-Vy et Tremblay pourraient avoir correspondu à des stations ou à des fortifications destinées à protéger les carrefours. 

       Certains auteurs placent à Romazy le lieu-dit Ad Fines dans l’Itinéraire d’Antonin. Le président de Robien signalait d'ailleurs, au 18ème siècle, l’existence d’un vieux chemin pavé mais délabré, long d’environ deux kilomètres, à travers les Landes de Romazy, et qui se dirigeait vers Feins (7).

  A l'horizon, dans le prolongement de la voie, Romazy 

          La voie aurait pu suivre ensuite la route de Romazy à Antrain (D175), sous le nom de Chemin Chaussé. A deux kilomètres au nord-est de Romazy, au croisement des routes départementales D211 et D18, de Romazy à Saint-Brice-en-Coglès, et de Chauvigné à Rimou, on voit un chemin à un kilomètre à l’est de la route, direction nord-sud, et on peut le suivre pendant 1 800 m en direction du sud, et 400 m vers le nord, jusqu’au Châtel.  On aperçoit, au Châtel, les traces d’un gros talus et d’un fossé long de 300 m (8). 

               La voie aurait ensuite traversé les landes qui s’étendent à l’ouest d’Ardillon, à 2 700 m au sud-est de Tremblay, landes sur lesquelles apparaissait encore, au milieu du XIXème siècle, au sommet d’un plateau, une petite esplanade entourée d’un fossé ayant l’apparence d’un lieu fortifié (9).

             Puis elle se serait dirigée vers Antrain dont l'arrivée était autrefois marquée, au bord de la route,  par un gros talus long de 350 m.

Antrain moulin Couesnon

Antrain, ancien moulin dont le site correspondrait à la traversée du Couësnon

              Après Antrain, la direction semble indiquer la ville de Pontaubault dans le département de la Manche, puis Avranches.

           Une seconde possibilité est que notre voie aurait d'abord suivi celle de Rennes à Vieux ou Lisieux (voir voie 1-F) jusqu'à Mézières-sur-Couesnon.

           A cet endroit, elle s'en serait détachée par la gauche selon un angle de 45 degrés pour prendre la direction de Saint-Ouen-des-Alleux, le Tiercent, Saint-Marc-le-Blanc, Saint-Brice-en-Coglès, Coglès et enfin la ville de Saint-James dans la Manche.

            Cette deuxième possibilité de la voie nous donne une intersection à Saint-Ouen-des-Alleux avec la voie 2-B de Carhaix à Ernée, et la voie 2-G, ou Chemin Chasles, et cinq kilomètres plus au nord avec le chemin des Rochelettes, voie 2-H

        Ce qui nous fait deux tracés parallèles en direction d'Avranches, Coutances et Alleaume, et espacés seulement de quelques kilomètres.

.           De plus, Louis Maupillé, archéologue, a pensé qu’il en aurait existé un troisième, lui aussi parallèle aux deux autres, et situé plus à l'est encore. Voici sa supposition : la voie aurait permis de rejoindre Coutances en empruntant d’abord la voie de Rennes à Vieux (voie 1-F), puis celle de Jublains à Coutances dans la Mayenne, qui croisait la première. Ce serait, d’après lui ce parcours qu’indiquait l’Itinéraire d’Antonin, dans l’énumération des stations de la voie de Rennes à Alleaume.  

         Louis Maupillé plaçait Ad Fines à Pierrelé, 1700m à l’ouest de Louvigné-du-Désert, et Fanum Martis, par analogie de nom à Martigny, à 4 200 m au nord-ouest  de Saint-Hilaire-du-Harcouët, dans la Manche (10). Les fouilles archéologiques de Corseul, ainsi que les distances, ne semblent pas donner foi à cette hypothèse. Pierrelé est à 55 km de Rennes, et non à 40 km comme le signale l’Itinéraire.

           Sachant que de nombreuses voies romaines se sont recoupées à des endroits assez proches les uns des autres, la thèse défendue par Louis Maupillé pourrait bien correspondre à un autre itinéraire ancien. 

           Un quatrième parcours a récemment été envisagé selon lequel un embranchement de la voie 1-D, vers Roz-sur-Couesnon, s’en serait détaché à Marcillé-Raoul, aurait pris la direction de Bazouges-la-Pérouse, Vieux-Viel et Pontorson, après avoir traversé la forêt de Villecartier (voir tracé voie 3-E).  

           Dans le département voisin de la Manche, la voie vers Avranches et Coutances est encore connue à certains endroits sous les noms de Chemin Perré ou de Chemin Chaussé.  

 NOTES SUR LA VOIE 

-  La voie conduisant de Rennes à Avranches a été longtemps appelée Chemin de la Chèvre (voir dans le second tracé proposé). Or, à un kilomètre au sud de Tinténiac, nous rencontrons le lieu-dit la Chèvrue, au bord ouest de l’ancienne N 137 de Rennes à Saint-Malo. Toujours sur ce même tracé, nous avons la Chevrolais, au sud de Feins. Et que dire de Chevré sur la voie voisine de Rennes à Bayeux ? 

- Coutance, capitale du peuple des Unelles, connut son apogée au IIIème siècle comme siège de la troisième Lyonnaise. De son nom latin Cosedia, également nommée Dient Constancia en l'honneur de l'empereur Constance Chlore, la cité fut en relation commerciale avec la Méditerranée. Des fouilles ont permis d’y mettre à jour des céramiques venant d’Arezzo, des amphores à vin d’Italie ainsi que des poteries du sud de la Gaule. Des thermes ainsi qu'une nécropole découverts au XIXème siècle attestent de son importance. 

- Betton est une commune très ancienne. Dans un article de presse, on pouvait récemment lire : « Betton, un tronçon de la voie est réouvert au public. » Je vous soumets les recherches faites par des historiens locaux . La voie, en partie recouverte par l’actuelle route de Saint-Sulpice à Rennes, serait passée en limite est de toute la commune de Betton, depuis la Louvrais, puis à l’est de Rigné. Des fouilles ont dégagé des tegulae, des briques de construction et des objets romains sur le territoire de la commune aux lieux-dits Villegeffroy, à la Brunelais, à la Motte (au bourg), à la Haie, au Grand-Brébion, au Haut-Finvert, à la Chauvinais, à la Touche-Nicoul et à la Quinvrais. Il existerait deux voies parallèles, passant depuis Roulefort, suivant la rive est de l’Ille, et par Boussard et Evran.

- Chasné-sur-Illet. Cette ancienne paroisse, citée dès l'an mil, pourrait se trouver sur le tracé de l'ancienne voie menant vers Avranches. Des cercueils en calcaire coquillier ont été exhumés près de l'église, et l'on sait qu'à l'époque gallo-romaine, les tombes se trouvaient le long des voies, à la sortie des agglomérations. Alors, Chasné un ancien vicus sur la voie?

- Gahard, limite sud-ouest de la commune. Selon J. Lucas, autrefois instituteur à Gahard, la voie était visible au début du XXème siècle sous la forme d'un talus ventru de 2 m de haut, bordé de deux fossés et de deux talus plus petits, depuis la Lande du Cul-Venté jusqu' au Bois de Borne. Des dalles de schiste provenant de la voie auraient été réemployées sur certaines maisons : Borne, la Lande-Vallée, la Mazure (puits). 

- Ercé-près-Liffré, paroisse au XIème siècle, découverte de gisements de briques et tegulae à la Touche et Milieu-Papillon.

- Rimoux est citée comme paroisse dès 550. Un premier prieuré y fut édifié par Saint-Samson. La voie traverse le territoire de la commune, entre Romazy et Tremblay. A l’époque mérovingienne, un pont fut jeté sur le Couesnon. Il a aujourd’hui disparu. On a également découvert plusieurs sites à tegulae.

- A Valognes, la cité romaine d’Alauna, au village de la Rue, on a retrouvé en 1923 un trésor de 30 kg de pièces de monnaie d’époque romaine. La cité fut un centre important au IIème siècle (découverte de thermes).

- Cherbourg gallo-romaine était loin d'avoir l'importance qu'elle a aujourd'hui. Caesaris Burgus, la ville de César, fut un castrum militaire. 

RENVOIS : 

(1) Avranches est citée pour la première fois par Jules César, dans la Guerre des Gaules.

(2) (3) (4) bulletins de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine.

(5) Voies romaines sortant de Rennes - M. Bizeul.  

(6) (7) (8) bulletins de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine.

(9) Archéologie et histoire des paroisses du canton d’Antrain

(10) bulletins de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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