1-B Voie de rennes à Alet

 

 

Voie de Condate à Alet

(Rennes - Saint-Servan)

Peutinger et antoninextrait table de Peutinger

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     Cette voie n’est citée dans aucun document ancien sous le nom d'Aletum. Mais nous remarquons sur la table de Peutinger une voie de Condate à Reginca. Reginca désignant la Rance, une voie a donc très bien pu relier Rennes à Saint-Malo (la cité à l'embouchure de la Rance), vers le premier siècle de notre ère. Abandonnée ensuite, elle fut totalement refaite au IVème siècle, à la fin de l’Empire.

 

le promontoire d'Alet,

vue ancienne (avant l'implantation de la forteresse allemande en 1942)

      A l’époque romaine, la cité d’Alet, construite sur l’éperon rocheux au nord-ouest de Saint-Servan (aujourd’hui le quartier d’Aleth, avec un h), était une ville importante. Première capitale du peuple gaulois des Coriosolites, cette cité fut volontairement évincée par les Romains au profit de Corseul, vers le Ier siècle de notre ère, avant de retrouver sous l'empire sa grandeur première, du fait de sa situation maritime. Son port correspondait au site de la cale Solidor, au pied de la tour, et une enceinte fortifiée entourait la ville au IVème siècle de notre ère. Des textes indiquent qu’elle était le siège d’une division militaire dirigée par un Praefectus Militum Martensis (1). La légion romaine dite de Mars y était casernée.

Alet

 Muraille gallo-romaine d'Alet (Saint-Servan)

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      Voici le parcours supposé de cette voie : partant de Rennes par la porte Mordelaise, elle suivait l’ancienne route de Rennes à Saint-Malo en empruntant d’abord le même tracé que la voie de Rennes à Corseul. (voir voie 1-A)

      On trouve juste à l’est de la Mézière un chemin rural autrefois connu sous le nom de Chemin Pavé, long de trois kilomètres, qui s’étend du sud au nord, coupe la route D27, de Rennes à Dinan, puis rejoint la route de Saint-Malo (2). Près de ce chemin et sur le bord nord de la route de Dinan, des champs étaient autrefois appelés Camp des Anglais ou Ville Rouge, sur l’ancien cadastre. Ces deux dénominations peuvent indiquer la proximité de la voie. 

     Elle passait ensuite passer par la Mézière, à treize kilomètres au nord de Rennes (500 m à l’ouest de la route), longeait le bourg de Gévezé 500 m à l'est de celui-ci, pour prendre la direction de Vignoc.

la motte de Gévezé

     Au nord de Gévezé, elle traversait à gué le ruisseau de la Chaussée et suivait pendant deux kilomètres le tracé nord de la D287 vers Vignoc. A Vaugreux, elle se partageait en deux tronçons, un des deux datant sans doute d'une époque plus récente : à droite par le Grand-Clos, la Croix-Chemin, Beauregard. A gauche par Maunon, le Placis-Suzain, la Huardais, le Mellier, et rejoignait l'autre à Beauregard. (Au Placis-Suzain, se trouve un embranchement menant vers Corseul. On peut suivre ce second tracé depuis le carrefour des Fraîches, par l'Hôtel-Boulon, le Perrayla Gouestardière. 300 m plus loin, un embranchement à droite permettait de rejoindre Rennes Alet par le bourg de Saint-Gondran, et ce par un trajet long de deux kilomètres.) 

    Revenons à Beauregard. Notre voie coupait la D108 puis marquait un grande boucle à 90° vers l'ouest au Pont-Guillaume afin d'éviter les zones humides du ruisseau de la Tronsonnière, au sud de Hédé. Après la Simonière, deux kilomètres plus loin, la voie reprenait son tracé nord par une autre grande boucle à 90°, et passait à la Salle. Elle traversait le bourg de Saint-Symphorien formant pendant 500 m la limite des communes. Ce tracé évitait la topographie difficile du bourg de Hédé, paroisse datant seulement du XIème siècle. C'est seulement au moyen-âge que le tracé par Hédé supplanta l'ancienne voie romaine.

plusieurs voies menaient vers Alet (à gauche, en pointillé, déviation depuis Rennes Corseul)

 

     Depuis Saint-Symphorien, la voie passait à l'est de la Talmachère, à Gromelet puis continuait plein nord pendant un kilomètre. Nous noterons le lieu-dit la Martinière dont la toponymie pourrait faire penser à un sanctuaire routier, dédié au dieu Mars. La voie traversait ensuite un ruisseau à gué, passai à l'Embour puis coupait l'actuelle D61, passait à l'ouest du bourg de Tinténiac, suivait l'ancienne RN137 pendant 500 m, la longeait par la droite pendant un kilomètre pour éviter une zone humide, la traversait à la Madeleine, et la longeait, mais cette fois par la gauche et pendant quatre kilomètres, jusqu'à Saint-Domineuc ouest. On en voit aujourd'hui encore de nombreux tronçons délaissés de part et d'autre de l’Ancienne Grande Route vers Saint-Malo qui fut tracée en 1738, par arrêté royal, sur les fondations de la voie.

 

    Notons ici quelques intersections remarquables : à la Madeleine, on peut suivre une bifurcation à droite, orientée nord, formant la limite des communes pendant plusieurs kilomètres. Egalement un peu avant Saint-Domineuc, un embranchement de la voie menait vers Lehon et Corseul. 

  

la voie ne passait pas à Hédé

 

      Après Saint-Domineuc, on perd sa trace aux environs du canal d'Ille-et-Rance dont les grands travaux ont bouleversé le paysage environnant. On la retrouve seulement près de Gléroy sous le nom d'Ancien Grand Chemin (4) avant sa traversée du ruisseau de Linon. Le Pont du Linon marquait le passage de la voie, qui était peut-être surveillée 300 m plus au nord par un fort situé à la Motte-Linon. 

       Zigzaguant autour de l'ancienne 137, tantôt à gauche, tantôt à droite, notre voie arrivait à Pleugueneuc Est.  Elle traversait le parc du château de la Bourbansais. Un peu à l’est, nous noterons les lieux-dits de la Croix-Vilaine et des Mottes aux toponymies intéressantes.

 

la voie, de Saint-Domineuc à Pleugueneuc

 

     Le tracé de la voie est encore visible de nos jours sous forme de chemins vicinaux et ruraux jusqu'à Saint-Pierre-de-Plesguen, passant par Revelinais et le Bois-aux-Moines.

      Depuis le Bois-aux-Moines, en Pleugueneuc, la voie suit un tracé relativement rectiligne sud nord, parallèle à l'ancienne nationale 137 de Rennes à Saint-Malo. Après avoir coupé la D78, elle passe à la Barre-du-Leix, dominée par sa vieille motte féodale, ce qui laisse à penser qu'elle était encore en service au XIIème siècle. Elle coupe ensuite la D794 sous la forme d'un chemin vicinal, rencontre la Petite-Sauvagère et rejoint le bourg de Saint-Pierre-de-Plesguin qu'elle longe par l'est. Elle pourrait y avoir croisé un vieux chemin orienté est ouest et menant vers Lehon (voie 3-J), faisant de Saint-Pierre un vicus routier (4).

 

la motte du Leix (visible au fond à droite) 

                

La voie à Saint-Pierre-de-Plesguen                

  

     Après avoir franchi le bourg de Saint-Pierre-de-Plesguen, la voie s'oriente un moment vers le nord-est, elle reprend ensuite sa direction nord pour passer à la Morvonnais. Elle laisse sur la gauche la Rougeolais puis la Bornière, deux noms à la toponymie intéressante. Elle passe près du célèbre site gaulois de l'Homme Mort puis àRochambeau. Elle coupe la route actuelle puis rejoint le village de Saint-Grégoire, un kilomètre au sud-ouest du Vieux-Bourg, village considéré comme la paroisse primitive de Miniac-Morvan.


 voie 1-B, de Saint-Pierre à Châteauneuf

        Elle croise la N176, et rencontre la voie Romaine de Corseul à Avranches, 500 m plus au nord.

       Ensuite, son parcours disparaît, en partie effacé par les travaux de la route à quatre-voies. On pouvait autrefois la suivre sous la forme d'un chemin vicinal qui pendant quatre kilomètres formait la limite des communes de Miniac et de Pleudihen (côtes-d'Armor). Depuis la Costardais, la voie rejoint Doslet après être passée à la Ville-Boutier, suivant une orientation nord-nord-est.

    Loïc Langouët y a consacré un article dans le bulletin n°33 des Dossiers du CeRAA d'Aleth (7). C'est à Doslet qu'il fixe l'intersection avec la voie romaine venant de Corseul par Taden, ainsi que d'une autre venant de Lehon (aujourd'hui Dinan) (11) : le site de Doslet revêtit autrefois une importance stratégique jusqu'au moyen-âge. Avant l'endiguement du marais de Dol, la mer remontait jusqu'à Châteauneuf, faisant de Doslet l'entrée d'un isthme, seul accès à Alet. Dorletum, la porte d'Alet, fut un fort romain puis médiéval, avant que la citadelle de Châteauneuf ne le remplace (8). 

      La voie traverse ensuite l'isthme de Châteauneuf-d'Ille-et-Vilaine, occupant approximativement la route actuelle dans le bourg, puis elle se ramifie en deux parties avant de se reformer quatre kilomètres plus au nord.

 Voie de Châteauneuf (Doslet) à la Chapelle-de-la-Lande

     La première branche, la plus à l'est (à droite sur la carte), remonte plein nord jusqu'au bourg de Saint-Père où une intersection mène vers Cancale, elle s'oriente nord-ouest jusqu'aux Castillons, suivant le tracé de la D74, et rejoint la Chapelle-de-la-Lande.

      La seconde semble plus récente, elle s'oriente nord-ouest jusqu'àSaint-Georges où pourrait se trouver un embranchement vers Saint-Suliac.

    

élément de colonne romaine, Saint-Suliac

 

     Ensuite elle prend une direction plein nord passant par les Chênes et rejoignant également la Chapelle-de-la-Lande (10). Le long de ce parcours, elle rencontre la Haute-Rue et le Haut-Chemin, deux toponymes évoquant le passage de la voie (voir rubrique éléments de toponymie).

 

Voie de la Chapelle-de-la-Lande à Alet

 

     Depuis la Chapelle-de-la-Lande jusqu'à Saint-Etienne, la voie forme la limite des communes, ce qui tend une fois de plus à prouver son ancienneté. Elle passe près du site gaulois des Sept-Pertuis puis rejoint la capitale romaine d'Alet, sur son promontoire près de la tour Solidor, par les rues de la gentilleriePierre CertainJeanne Jugan et le Quai Solidor.

  

NOTES SUR LA VOIE :

 

LES INTERSECTIONS AVEC D'AUTRES VOIES :

 

RENVOIS :

 

(1) Histoire de Bretagne - La Borderie ; Géographie pittoresque de l'Ille-et-Vilaine - A. Orain.

(2) Loïc Langouët - publications du CERAA - voie d'Alet à Corseul.

(2) Société archéologique d'Ille-et-Vilaine.

(3) le département d'Ille-et-Vilaine - Paul Banéat.

(4) Morel 1969)

(5) Leroux (1991)

(6) Certains lieux situés le long de la voie rappellent la direction qu'elle suivait, à la manière de panneaux indicateurs.

(7)  Doslet, du latin dorletum, la porte d'Alet, jonction avec les voies venant de Taden et de Corseul - Loïc Langouët.

(8) le Clos-Poulet, de pagus aletum : le pays d'Alet.

(9) les toponymes la Haute-Rue, le Haut-Chemin, évoquent le passage de la voie (voir rubrique éléments de toponymie)

(10) la tradition raconte que l'ancienne église primitive de Saint-Jouan-des-Guérets se serait trouvée à la Chapelle-de-la-Lande (à 1 900 m du bourg actuel)

(11) Lehon vient du latin legio (légion) : un corps de troupe de 5 000 légionnaires stationnait sur le plateau situé à l'est dubourg. Ce poste de défense gardait le gué sur la Rance, à l'emplacement de l'actuel château. C'est par Lehon que devait passer la voie militaire de Subdinum à Corseul (voie 2-H) ainsi qu'une autre d'Alet à Saint-Nazaire ou Guérande (voie 2-P) - cf. Loïc Langouët.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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