1-D Voie de Rennes à Roz-sur-Couesnon ou Route du Sel.

1-D 

  Route du sel,

de Rennes à Roz-sur-Couesnon

et à la baie du mont-Saint-Michel

    

           

        Cette voie n’est citée dans aucun des documents écrits mais le lieu ad Fines de l'Itinéraire d'Antonin pourrait correspondre à la ville de Feins située sur le trajet.

       Il devait s’agir d’un chemin essentiellement lié au transport du sel et du garum (ou garun) (1), et la période gallo-romaine se contenta de la réutiliser, en l’aménageant, sans aucune autre vocation commerciale ni militaire que de faire communiquer Condate et la côte. Cependant, dans sa partie nord, au niveau de Sains, un embranchement rejoignait la cité d'Avranches (voir voie 1-E et voie 2-A)

      Deux tracés différents ont été proposés pour situer l’assise de la voie romaine reliant Rennes à Roz-sur-Couesnon et à la baie d'Avranches.

      Le premier emprunte la voie de Rennes à Corseul et Erquy jusqu'à Montgermont, et s'en détache pour se diriger au nord-est vers Saint-Germain-sur-Ille où il fait un coude très marqué pour suivre sa nouvelle direction.

         Le second emprunte la même voie jusqu’au Pont-Saint-Martin, puis suit la route de Saint-Grégoire, le long du cimetière du Nord, atteint le canal d’Ille-et-Rance entre Chevaigné et Saint-Germain-sur-Ille. Il se confond alors avec le premier parcours, et s’oriente vers Feins, dont la toponymie évoque le Ad Fines de l’Itinéraire d’Antonin.  

 Premier tracé. 

         La voie semblait suivre d'abord le même itinéraire que celle de Rennes vers Corseul et Erquy, jusqu'à 300 m au sud de Montgermont et elle s’en détachait alors pour se prolonger vers le nord en prenant subitement la direction du nord. Elle traversait le bourg de Montgermont immédiatement à l’ouest de l’église, et partait au nord-est vers Saint-Germain-sur-Ille.        

        On voit encore un chemin, vicinal d’abord, puis rural, long de sept kilomètres et demi, qui passe au nord-est de l’église, puis au lieu-dit le Domaine. Il coupe l’ancienne route de Rennes à Saint-Malo, aujourd'hui route départementale D637, à 600 m au nord-est de Montgermont, au lieu-dit  la Hautière. Après le Portail, il franchit la nationale 137 puis traverse le ruisseau de la Mare où l’on aperçoit les traces d’un ancien gué. Devenu chemin rural, depuis la Gravelais jusqu’à Belle-Visée, la voie traverse la route allant de Saint-Grégoire à Melesse au lieu-dit la Salle Ecuelle, puis se continue  par la Rue-Gibert jusqu’à la Basse-Gaudière.

        Ce dernier lieu est situé entre le Châtelier à l’ouest, d'une part, et Pierrue et les Quatre-Chemins d’autre part. Ces noms évoquent une origine gallo-romaine. Le Châtelier, du latin castellum, semble indiquer une fortification gallo-romaine ou du Moyen-Age. Pierrue, du latin rua, le chemin, et les Quatre-Chemins, ont des consonances qui pourraient indiquer l'ancienne route.  

       La voie disparaît ensuite pendant environ un kilomètre, quoique formant la limite de plusieurs champs : sa trace est visible sur l'ancien cadastre.

         Elle réapparaît à la Haute-Boulais, se suit par le Chêne-Renault, le Haut-Landier, la Haie-Ferrière. A cet endroit, elle traverse à gué le ruisseau de Quincampoix, sur la commune de Melesse.            

         On la perd ensuite une nouvelle fois; elle semble suivre la limite des champs et passer à l’ouest de la ferme du Mesnil.

        Puis on la retrouve un peu avant qu’elle ne coupe la route départementale D528 qui relie Melesse à Chevaigné. Elle passe par la Fontaine Pèlerin et les Ruelles, deux noms laissant supposer la proximité d’un chemin antique vers le Mont-Saint-Michel.

        Elle traverse ensuite le ruisseau et disparaît définitivement aux environs du Bois-Mézard. Sa direction générale indique alors Saint-Germain-sur-Ille.  

 

 Deuxième tracé.    

      Certains archéologues ont plutôt pensé que la voie se détachait de celle de Corseul, à la sortie nord de Rennes, au Pont-Saint-Martin, puis qu’elle suivait la route actuelle de Saint-Grégoire, sous le nom de Chemin de la Chèvre, passait ensuite par le lieu-dit la Chaussée, à un kilomètre et demi du pont, puis à 400 m à l’ouest de la Bretèche, et se détachait du côté est de la route, à la Victoire, un kilomètre de la Chaussée, sous la forme d’un chemin rural long de neuf cents mètres (2).

      Ce chemin, qui existe encore, rejoint la route D175, 300 m au sud de Saint-Grégoire, à la Maison-Blanche (route de Rennes à Antrain).  La voie gagne alors le bourg de Saint-Grégoire qu’elle traverse du sud au nord. Il est intéressant de savoir que Saint-Grégoire portait, dit-on, autrefois le nom de Ville-Rouge, signe d’une origine gallo-romaine (3).   

      Sortant du bourg de Saint-Grégoire, la voie suit ensuite la route actuelle D91 vers Saint-Germain-sur-Ille ; on l’appelait autrefois Chemin de la Chèvre, de la Duchesse Anne, de la Reine, ou Chemin des Poissonniers (4). Elle passe au Vivier-Louis, sur le bord ouest de la route, y traverse le ruisseau de la Mare, coupe la route D29, continue en direction de la Bertèche, 500 m plus loin.

      On a trouvé, près de la ferme de la Noë, 400 m à l’ouest de la Bertèche, des traces d’extractions anciennes de calcaire avec des galeries, et des poteries romaines. On y a également retrouvé des objets de l’âge du bronze et de l’époque romaine, visibles dans les collections du Musée Archéologique de Bretagne (5).

        La voie rencontre, 400 mètres plus loin, le Bourg-Nouveau, coupe, au Haut-Boussard, la route D27 qui relie Betton à celle de Saint-Grégoire à Melesse, et passe 400 m après à Boussard. On peut noter les noms des Quatre-Chemins et de Pierrue, 200 m à l’ouest de Boussard. Elle gagne ensuite le lieu-dit Evran (6). (Remarquons 100 m à l’ouest d’Evran, le Petit Châtelier), puis la Hardrouyère, un kilomètre plus loin, après avoir traversé le ruisseau de Quincampoix.

Rennes

à gauche, premier tracé par Montgermont,

à droite second tracé par Saint-Grégoire

       On peut suivre facilement ce dernier tracé car celui-ci sert de limite aux communes de Chevaigné et de Melesse, jusqu’à la route départementale D528, au lieu-dit la Mare-Maheu, pendant un kilomètre, d’abord comme chemin vicinal jusqu’aux Fourches, et enfin comme chemin rural jusqu’à Verneil, deux kilomètres et demi plus loin, au niveau du canal d’Ille-et-Rance.

        C’est à cet endroit que notre voie pourrait avoir traversé la rivière l’Ille. 

      Après la voie ferrée vers Saint-Malo et le canal d’Ille-et-Rance, on la retrouve vers le nord par la Cotinais, jusqu’au village du Moulin de Fresnais. Elle passe un kilomètre à l’est de Saint-Germain-sur-Ille, juste à l’est du Clos-Ray, traverse les lieux-dits la Tremblaie, le Pré-Communal, le Fresne et le Champ-Hamon. On croit ensuite retrouver sa trace, un kilomètre plus au nord, vers le Cruel, avant qu’elle ne disparaisse. Peut-être est-ce maintenant la route D91 vers Saint-Médard-sur-Ille, ou Aubigné ?

      Mais ces deux tracés sont très rapprochés, trop sans doute pour qu'on puisse envisager deux voies différentes : 

 

 Rennes

direction saint-Germain-sur-Ille

       Après Saint-Germain-sur-Ille, la voie rejoint ensuite Aubigné.  Elle y coupe le Chemin Horain (voie 3-P). 

 château Aubigné

ruines de l'ancien château d'Aubigné

 

              L'ancien château d'Aubigné occupait déjà au XIIème siècle l'emplacement de l'actuelle forteresse, érigée au sud du bourg. Suite à des fouilles, l'historien Guillotin de Corson a affirmé que ce château aurait lui-même remplacé un castellum romain destiné à protéger l'embranchement des voies. 

  l'église d'Aubigné

     La voie pourrait suivre ensuite un chemin rural qui se détache de la route D91, vers Feins, en direction du nord-est. Après une interruption, elle reprend vers la Chevrolais, sur trois kilomètres et atteint la Bigotais, un kilomètre et demi à l’est de Feins, sur le bord de la D20, vers Sens. La voie rejoint ensuite Feins, où elle coupe la voie 2-B de Carhaix à Ernée.

      Feins est considérée comme le point dit Ad Fines sur l’Itinéraire d’Antonin, c’est-à-dire le lieu où la voie romaine traversait la limite entre deux Pagi, petites divisions territoriales correspondant à nos actuels départements ; mais cette détermination n’est cependant pas certaine, l’Itinéraire d’Antonin étant le seul document écrit qui mentionne Ad Fines. En outre, les différents manuscrits qu’on en possède présentent, dans le calcul des distances, des différences assez importantes. Il s’agit sans doute d’imprécisions ou de fautes lors de transcriptions, et il est impossible de discerner où est la vérité.  

     Sur une copie, nous avons ainsi : Rennes – Ad Fines 17 milles, sur  une autre : 19 milles ou encore : 29 milles. Malgré l’emploi du mot Millia, il faut savoir que les distances étaient estimées en lieues gauloises (2 228,50 m), et non pas en milles romains (1 481 m) (7). Il y aurait donc, de Rennes à Ad Fines, entre 38 km et 65 km. Or Feins est à 27 km de Rennes. Mais, si l’on fait quand même le calcul en milles romains, on arrive à 26,600 km, et, là, le calcul devient troublant. Dommage, car nous avons des preuves irréfutables que le calcul se faisait en mesures gauloises : Coutances est indiquée comme éloignée d’Alleaume de 20 milles, ce qui donnerait 29 km. La réalité est de 49 km soit 20 lieues gauloises. Pour la totalité des autres distances sur la route, le calcul est le même.

     Les bornes milliaires retrouvées en Bretagne étaient toutes étalonnées en lieues gauloises (Leugae).

Feins

 Feins, au carrefour de deux voies romaines

     Après Feins, notre voie semble avoir traversé les territoires des communes de Marcillé-Raoul, puis de Trans-la-forêt (8) avant de prendre la direction de Roz-sur-Couesnon. En voici quelques repères. Près du lieu-dit la Bigotais, sur la Lande des Châteaux, les vestiges d'un retranchement pourraient baliser le croisement des deux voies de Rennes à Avranches, et de Jublains à Corseul (voie 2-G, le Chemin Chasles). On y a trouvé des ruines de fondations (9).

 

Nord 1

la voie au nord de Feins, prolongement du village de la Rue                       

      Un kilomètre au nord-nord-est de la Bigotais, sous le nom de Chemin de la Duchesse Anne, on peut suivre un chemin rural long de 1 600 m, passant à l’est du bois de Soubon, puis 1 200 m au-delà, un autre chemin de 2 600 m de longueur, qui passe à la Fresnais, et coupe à cet endroit la route D794, de Saint-Rémy-du-Plain à Saint-Léger. La voie passe ensuite au Châtel, où elle rejoint la route D794, de Marcillé-Raoul à Saint-Rémy. Sur le bord de l’ancienne voie, on peut apercevoir deux mottes en terre de dimensions inégales, entourées de fossés, et nommées les Buttes du Châtel : elles correspondraient à l'emplacement probable d’un château édifié par Raoul III de Fougères, et elles pourraient remonter à une époque beaucoup plus ancienne, avant d’avoir été utilisées pour la construction du château.                                             

 

Buttes du Châtel Marcillé-R

 les buttes du Châtel 

     L'église de Marcillé-Raoul possède des parties du 11ème siècle. Dans le cimetière, on a trouvé des tuiles et une aire de ciment datant de l'époque gallo-romaine . 

 Marcillé Raoul église 11ème

Marcillé-Raoul  

     La voie se serait ensuite dirigée vers la forêt de Villecartier par un chemin rural qui commence à 800 m au nord de Bazouges, sur la rive gauche du Ruisseau de l’Etang, et qui rejoint la Croisée de Mauny dans la forêt. On a trouvé dans la forêt des tronçons d’un vieux chemin empierré : le Chemin Montois (nom donné aux chemins de pèlerinage du Moyen-Age, qui conduisaient vers le Mont-Saint-Michel). Un autre itinéraire, le Chemin de la Duchesse Anne, croisait ce premier chemin. Sa direction n’est pas indiquée.  

      La voie croisait sans doute  le Chemin Dolais, (voie 2-O) à Roz-sur-Couesnon. Cette paroisse citée dès le VIIème siècle, vient du Breton Roz qui signifie le Tertre. Depuis la préhistoire, le sel y fut exploité de longue date par un procédé d’extraction dit de briquetage par chauffage de la tangue prélevée sur les grèves (12).

 mur en tangue  

     Des fouilles archéologiques ont, entre autre, montré cette industrie au village des Salines. On y a retrouvé des amas d'argile cuite résultant du chauffage de la tangue.

       Après Roz, la voie aurait pu gagner Paluel (deux kilomètres au nord-ouest de Roz-sur-Couesnon) pour entrer dans les vasières de la baie du Mont-Saint-Michel. On prétend qu’une vieille chaussée empierrée permettait de traverser autrefois la baie (à la façon du gois de Noirmoutier), et qu’elle aurait été submergée du fait de la remontée actuelle du niveau des eaux.

Roz

 Roz et les grèves du Mont-Saint-Michel

     Ou alors, après la sortie de la forêt de Villecartier, elle aurait bifurqué vers le nord-est, pour passer entre les deux châteaux du Châtelier (1 600 m au nord) et du Tréet.    

     En tous cas, de Roz, partaient trois voies principales, permettant d’alimenter en sel les trois cités de Rennes, Alet et Avranches, aussi bien à l’époque romaine qu’au Moyen Age. Il est possible que ces voies se soient ensuite ramifiées afin d'approvisionner d'autres lieux en sel.

 

RENVOIS :

(1) le garum également appelé liquamen était un condiment fabriqué à partir de saumure et de laitances de poisson (maquereau, sardine), il se rapprochait du nuoc-mam asiatique. Ce mets très cher et très recherché était, entre autre, produit en Bretagne sous le nom de garum des alliés. Il était exporté dans tout l'empire romain.

(2) Histoire archéologique de l’époque romaine de la ville de Rennes – Adolphe Toulmouche

(3) L'existence d'un camp romain, à 1 500 m au nord du bourg de Saint-Grégoire, est contestée : il pourrait s'agir d'une ancienne carrière.

(4) Histoire archéologique de l’époque romaine de la ville de Rennes – Adolphe Toulmouche

(5) Société archéologique d’Ille-et-Vilaine. 

(6) Evran, toponyme frontière, du latin equoranda, la limite entre deux pagi

(7) Comme Astérix le chante « un millia passuum à pied, ça use…», c’est-à-dire 1 000 pas. Le Mille romain était en fait deux fois un millia, soit des pas de 70 cm et non de 1,40 m.

(8) Près de Trans, en forêt de Villecartier, une borne milliaire existe toujours, près du Moulin de la Forêt.

(9) Société archéologique d’Ille-et-Vilaine 

(10) Pouillé de Rennes – Guillotin de Corson.

 Histoire archéologique de l’époque romaine de la ville de Rennes – Adolphe Toulmouche.

(11) bulletins de la société archéologique d'ille-et-Vilaine

(12) Catherine Bizien-Jaglin. Marie-Yvane Daire, dossiers du CERAA.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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