2-J VOIE DE NANTES A CORSEUL

 2-J 

Voie de Nantes (CONDIVICNUM)

        à Corseul (FANUM MARTIS).              

 

              Cette voie n’est citée ni dans la Table de Peutinger ni dans l’Itinéraire d’Antonin. Son parcours dans notre département passe approximativement par les bourgs de Langon, Lohéac, Baulon, Saint-Thurial, Le Verger, Talensac, Montfort-sur-Meu, Bédée et enfin Bécherel.

             On peut déjà en apercevoir des traces sur la commune de Beslé, avant qu’elle n’entre en Ille-et-Vilaine, après la D59, à droite sur la D56, au lieu-dit la Louzais. La voie pénètre ensuite dans notre département au Pont de Beslé, où elle franchit la Vilaine, deux kilomètres au sud-ouest de Langon (1).

              Elle suit ensuite la route de Beslé à Langon (D59). A cet endroit, elle est connue dans la tradition locale sous les noms de Pavé de la Duchesse Anne, de Chemin de la Reine ou de Chemin de la Guerche (2).

 

           la Louzais, coude de la voie avant d'aborder la rivière

            C'est ce tronçon passant à la Louzais qui est le plus remarquablement conservé parmi tous les chemins romains répertoriés dans notre région. 

 

                   bombé caractéristique de la voie romaine, fossés et talus

 

          La voie se continue ensuite en direction de Langon, où l’on peut voir la Chapelle Sainte Agathe, ou Saint-Vénier, un petit édifice gallo-romain qui semble avoir abrité les thermes d’une riche villa, bien que sa disposition ait longtemps laissé croire qu’il s’agissait d’un monument religieux dédié à la déesse Vénus.

 

 

chapelle Sainte-Agathe, langon

 

       La chapelle Sainte-Agathe, Langon, détail de l'appareil.

                Ce bâtiment, construit en petit appareil de briques, semble avoir été formé de deux parties distinctes : une abside arrondie posée sur une assise de pierre et de briques, et une construction rectangulaire fermée seulement sur trois côtés, celui tourné vers l’abside n’existant pas. Le rectangle est séparé de l’abside par un espace de 3,60 m, espace qui fut comblé au VIIème siècle pour fermer le bâtiment, et en faire une chapelle chrétienne. Sur la voûte, on voit encore les traces d’une fresque, figurant une déesse entourée de poissons (que l'on assimilerait à Vénus), et d’un Amour sur un dauphin. Malgré son assez mauvais état, cettefresque est la plus importante peinture romaine qui existe en Bretagne (3).

 

 

 

         Fresque dans la chapelle Ste-Agathe, Langon 

       Vue rapprochée de la déesse Vénus, sur la fresque.

            Langon fut un site occupé depuis la plus haute antiquité, on y trouve de nombreux mégalithes et divers objets de l’âge du bronze y ont été découverts. La commune abrite également les vestiges de la villa romaine de Balac. Langon est citée comme paroisse dès le début du IXème siècle.

                    Langon, trois sarcophages, peut-être de l'époque gallo-romaine ou mérovingienne.

             A 600 m à l’est du bourg, se trouve l’Etier de Langon, un ancien bras de la Vilaine, long d’un kilomètre et large de 100 m. On y a trouvé des briques à rebords et une tradition prétend que l’étier fut creusé pour extraire de la terre à briques. Une ville appelée Langun ou Langueur  y aurait été engloutie en punition des crimes de ses habitants. On l’appelait au Moyen-Age étier de Henleix ou de Heinlé(4).              

              A l’extrémité des prairies de l’étier, sur le bord de la Vilaine, on voit les restes d’un retranchement circulaire nommé la Motte ou la Bosse du Châtel. Cette enceinte a été coupée par le chemin de halage du canal ainsi que par un autre chemin venant du bourg. Elle mesure 20 m sur 15 m, et elle est formée d’un petit talus dont la hauteur ne dépasse plus aujourd’hui cinquante centimètres.

          On y a trouvé des briques d’époque romaine, et certains archéologues ont prétendu qu’une voie antique aurait traversé la Vilaine à cet endroit afin dese diriger vers le Grand-Fougeray (5). 

            

            En sortant de Langon, la voie paraît emprunter pendant 1400 m la route qui relie le bourg à la D54, de Saint-Ganton au Grand-Fougeray, parallèlement à la voie ferrée. Elle passe par Châtillon, à un kilomètre du bourg et 100 m à l’ouest de la route. Le toponyme de Châtillon semble indiquer unefortification de l’époque romaine ou médiévale 

             La voie se détache de cette route vers l’ouest sous forme d’un chemin rural sur une longueur de 1 900 m, elle passe près de la Chaussée, pour rejoindre le côté sud de la route D54, de Saint-Ganton au Grand-Fougeray.            

           Elle quitte de nouveau cette route, 400 m plus loin, et se dirige vers le nord pendant sept kilomètres, par un chemin rural qui limite les communes de Saint-Ganton et de Pipriac de celles de Langon et de Guipry (6). Ce chemin, recouvert dans sa partie sud par le GR39, coupe la D77, de Guipry à Saint-Just, à la Croix-de-la-Justice, cinq kilomètres après son embranchement, et disparaît au ruisseau du Moulin-Alain en Guipry.

 

            A 3 500 m au nord du ruisseau, commence un autre chemin rural de deux kilomètres de longueur, qui débouche sur le côté ouest de la D772, de Lohéac à Guipry, à 400 m de Lohéac. Ce chemin suit la même direction que le précédent et pourrait bien en être la continuation. Il passe par le village de la Bizaie, 1 600 m au sud de Lohéac.            

            Le bourg de Lohéac marque l’intersection de la voie avec celle de Carhaix à Angers. L’ancien château fort fut bâti sur les ruines d’un oppidum romain placé au milieu de l’étang. La situation de la ville au carrefour des deux anciennes voies romaines, en fera un lieu d’affrontements successifs entre les armées bretonnes et françaises. 

  

Vue ancienne,  Lohéac au carrefour de deux voies romaines.      

           On connaît très peu de vestiges répertoriés de cette voie au-delà de Lohéac, mais la direction d’origine semble indiquer les bourgs de Baulon, Saint-Thurial, le Verger et Talensac. 

            A Saint-Thurial, le vieux pont qui enjambe la rivière la Chèze pourrait dater de l’époque romaine.

 

            Le pont de la Portière, sur la Chèze, Saint-Thurial, face sud

     Le pont, vu de dessus

             Ce pont est formé de grosses piles carrées, sans voûtes, soutenant des dalles de schiste posées à plat, et sans aucun muret latéral de protection. Ce type de construction atteste de son ancienneté. 

 

 

    Le pont de la Portière, face nord, sur la Chèze

             Le village de la Poulnais, avec son ancien relais de poste, pourrait avoir une origine très ancienne. A cet endroit, une petite chapelle renferme la pierre d’autel d’un édifice beaucoup plus ancien (7). 

            Un peu plus vers le nord, à l’est du bourg du Verger, on peut suivre, pendant deux kilomètres, un chemin orienté nord-sud qui forme la limite des communes. Il serait intéressant de retrouver les traces de l’ancien gué qui permettait de franchir la rivière le Serein. On remonte ensuite vers l’ouest par le GR37 : à noter les lieux-dits la Butte, les Ruettes, on trouve ensuite un chemin en direction du nord. Un peu à l’ouest, se trouve le Tertre Rouge. Au sud de la forêt de Montfort, nous noterons également le lieu-dit le Grand Chemin, dont le nom est caractéristique d’une ancienne voie. 

           A l’est du bourg de Talensac, un vieux chemin se suit, dans le prolongement du précédent, depuis Branval jusqu’aux Canrues.

            Le site de Talensac fut occupé depuis la plus haute antiquité. Le suffixe ac du nom de Talensac accuse une origine latine acum et une tradition prétend que les rois de Bretagne Judicaël et Erispoé y auraient établi leur résidence du VIIème au IXème siècle. Ils firent édifier une forteresse par-dessus les vestiges de l’ancien castellum romain (8) qui défendait la voie, sur la butte du Châtelier,  à l'est du bourg. Au pied du Châtelier, nous noterons le lieu-dit les Grandes-Planches, pouvant évoquer un enjambement du Meu, sur un pont de bois. Le site est aujourd’hui occupé par un ancien moulin à eau, et les aménagements des biefs ont effacé toute trace antérieure.  

launay-quero voie dégagée lors de travau 

    Breteil, près du château de Launay-Quéro. Dalles de la voie mises à jour lors de travaux.

              A mi-chemin entre Montfort et Bédée, la voie passe par la Haie-Pavée puis elle rejoint le bourg de Bédée qu’elle traverse du sud au nord.

               A l’entrée sud de Bédée, près de la butte féodale de la Motte-Jubain (considérée comme résidence du roi Salomon), ont été exhumés des cercueils en calcaire coquillier. Sachant que les sépultures se trouvaient au bord des routes à la sortie des agglomérations, ceci pourrait nous apporter un élément de preuve du passage de la voie. L’église actuelle remplace une chapelle du Xème siècle. Dans le bourg de Bédée, on a également repéré les traces d’une villa gallo-romaine (statuette).

 

Bédée, la Motte-Jubain   

   statuette de Bédée (la Métairie-Neuve) 

            A l’est de la route départementale D72, menant vers Bécherel, un chemin orienté sud-nord, et venant du bourg de Pleumeleuc, passe par le Champ-Roussel, le Fertay, et se suit en direction du Portail, à l’est du carrefour de Tournebride. Il reprend plus au nord et traverse le Bois Renard. A cet endroit s’enchevêtrent plusieurs routes, peut-être est-ce là la trace d’une agglomération ancienne.  

               Après le Gué, la voie reprend plus au nord au Chêne-au-Duc, et conduit au lieu-dit les Chapelles. Elle traverse ensuite les bourgs de Irodouër et Bécherel par la route actuelle D72.

            Un premier monastère fut édifié à Irodouer en 1123 et l’église actuelle remplace une chapelle plus ancienne. L'origine du nom d' Irrodor pourrait venir du breton rodoed, le gué, expliquant par là sa situation le long de la voie.

            Dans le cimetière de Bécherel, on peut voir une stèle d’époque gallo-romaine, et l’église remplace une chapelle du XIIème siècle, ce qui apporte la preuve de l’ancienneté de cette commune.

 

  Bécherel, stèle gallo-romaine dans le mur du cimetière

            On pourrait peut-être voir dans plusieurs des communes précédemment citées, les emplacements d’anciennes mutationes, ces relais d’étape qui longeaient la voie. En effet, on retrouve plusieurs fois la distance de huit kilomètres entre les bourgs. 

             La voie rencontre ensuite à la Barre une autre voie romaine menant de Rennes à Corseul (voie 1-A). A cet endroit, les deux voies pourraient avoir fusionné pour ne plus en former qu’une seule, qui se continuait en direction de Lehon et Corseul.

  NOTES SUR LA VOIE :  

            La voie de Nantes à Corseul croisait plusieurs autres voies romaines, toutes orientées du sud vers le nord :

 - voie 2-L, de Angers à Carhaix, et voie 1-K, de Rennes à Rieux, au bourg de Lohéac,

- voie 1-L, de Rennes à Vannes, 3 km au sud de Baulon, près de l’intersection de la Croix du Goulet (sud du lieu-dit le Châtellier).

- voie 1-M, de Rennes à Quimper, 1 km au sud de Le Verger, peut-être à la traversée du ruisseau du Rohuel, près du Plessis.

- voie 1-N, de Rennes à Carhaix, à Coulon au sud de Montfort,

- voie 1-O, de Rennes à Tréguier, à Tournebride, au nord de Bédée.

- voie 1-A, de Rennes à Corseul, à la Barre, près de Bécherel.     

RENVOIS : 

(1) Au pont de Beslé, la bataille de Jengland vit en 851 la victoire des Bretons d'Erispoë sur l'armée française de Charles le Chauve. Un pont existait dès cette époque.  

(2) Société archéologique d’Ille-et-Vilaine.

(3)Le département d’Ille-et-Vilaine – Paul Banéat ; Redon et ses environs – J. Desmares.Histoire de Bretagne – La Borderie.

(4) Traditions et légendes de Haute-Bretagne – Guillotin de Corson 

Bulletin paroissial de Langon (août 1903)

(5) Société archéologique d’Ille-et-Vilaine.

(6) Bulletin paroissial de Langon (juin 1913). Au lieu-dit Trobuon, en Guipry, on a signalé les traces d’empierrements d’une ancienne voie.

(7) Le département d’Ille-et-Vilaine – Paul Banéat. 

(8) Le département d’Ille-et-Vilaine – Paul Banéat.

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