1-K VOIE DE RENNES A RIEUX

1-K 

              Voie de Rennes à Rieux          

                 (DURETIA)                           

       Cette voie qui n’est citée ni dans la Table de Peutinger ni dans l’Itinéraire d’Antonin devait suivre, en quittant Rennes, la voie romaine vers Nantes, puis celle vers Vannes, et ensuite franchir la Vilaine au village de Pont-Réan, sur la route de Redon.

         Pont-Réan doit son nom à un pont antique dont la construction primitive est attribuée aux Romains. Le pont actuel est ancien mais il ne date que de 1767. Il en a remplacé un autre, composé de piles en pierre et de travées de bois, pont dont la démolition a permis la découverte d’un important lot de monnaies romaines (1).

                                             Pont

 le vieux pont de Pont-Réan

           

      A 1 100 m au sud-est du pont, et 900 m à l’est de la route, sur le sommet de la colline, près du Châtelier (200 m au sud du château de la Quémerais, près du village des Barres), on aperçoit les traces d’un oppidum qui est considéré comme un camp romain. Il est protégé au nord par un petit ravin qui descend vers la rivière, et au sud par un talus très dégradé. Les lieux nommés le Châtelier ou le Châtellier ont généralement pour origine une fortification de l’époque gallo-romaine ou de celle du Moyen Age                        

      La voie pouvait ensuite avoir suivi, après Pont-Réan, la route de Guichen pendant deux kilomètres, puis s’en être séparée de son côté est sous la forme d’un chemin rural long de 1 900 m qui coupe la route D39, de Guichen à Laillé. Ce chemin disparaît pendant 200 m et atteint le quartier de Saint-Marc à la sortie de Guichen, sur la route D38, vers Bourg-des-Comptes.

       L’église primitive de Guichen aurait été dans ce village et la paroisse remonterait au VIème siècle (2). De nombreux sites gallo-romains ont été mis à jour sur le territoire de la commune. Le site du Châtelier, surplombant la Vilaine au Boël, pourrait être un ancien oppidum gaulois.

       Après Saint-Marc, la voie sort de Guichen puis suit un chemin rural de 2 100 m de longueur. Ce chemin se dirige vers le sud-ouest et aboutit à la route départementale D177, de Guichen à Guignen. A 800 m de cette jonction et à 500 m à l’ouest de la route, se trouve le village de la Grande Sadouve, où ont été trouvées des tegulae (tuiles romaines à rebord). La tradition locale affirme que ce village s’appelait autrefois la Ville Rouge, ce qui tendrait à lui attribuer une origine gallo-romaine. 

     La voie rejoint ensuite gagné Guignen, commune citée dès 843, sous le nom de Gwinnon. Dans les années 1970, deux tronçons en ont été identifiés, entre entre la route des Alouettes et le lotissement du Cormier. La voie était constituée d'une succession de couches de sable et d'argile tassée, de lits de cailloux de taille moyenne, puis de pierres posées à plat et liées par du sable et du gravier. Ce type de voie pouvait supporter des charges jusqu'à 500 kg. Des fragments de tegulae ont été également été exhumés sur ses abords.

 

     A Lohéac, elle croise celle d’Angers à Carhaix (voie 2-I) (2) ainsi que la voie 2-J, de Nantes à Corseul. Le premier château de Lohéac fut construit au Xème siècle, sur l’emplacement d’un oppidum gallo-romain qui protégeait l’intersection des voies.

motte Lohéac 

la Motte de Lohéac.  

        Elle traverse ensuite la route D65, de Pipriac à Lieuron puis elle suit la route de Bruc (D352) et coupe 3 200 m plus loin, à la Croix-Belle-à-Pied, la route D59, de Pipriac à Saint-Séglin. Elle se prolonge encore pendant 700 m.  Pipriac fut autrefois un site gaulois, occupé ensuite par les Romains. La paroisse de Prispiriac est citée dès 834. Sur le territoire de la commune, on a retrouvé les traces de la voie romaine, mais aussi des substructions romaines au lieu-dit la Costardais, et des ruines gallo-romaines près du manoir du Masle.

   

la voie de Lohéac à Lieuron et Pipriac                         

           La voie quitte ensuite le côté est de la route de Bruc-sur-Aff et se dirige en ligne droite vers le sud-ouest, par un chemin rural, pendant 4 400 m jusqu’à la route départementale D54, de Bruc à Saint-Just, après avoir traversé, 400 m auparavant, la D777, de Sixt à Pipriac. Elle disparaît ensuite pendant 1 100 m, puis réapparaît au Bois-Guérin, à 200 m à l’ouest de la route de Bruc à Redon, passe à Belleperche, 400 m plus loin, et se suit pendant 500 m encore.   

        On perd un moment son tracé, elle réapparaît 1 800 m plus loin, coupe D55, de Sixt à Renac et traverse le village de Crésiolan, anciennement appelé Croix-Alian. Près de la chapelle de ce village, on a repéré, il y a quelques années, un chemin pavé que l’on considère comme la voie (3).              

        Un embranchement pouvait, à cet endroit, partir vers l’est et rejoindre, un kilomètre plus loin, le gué de Trohinat permettant la traversée de la rivière le Carnut, et arriver au Vieux-Bourg de Saint-Just, sans doute la paroisse primitive. Cet autre chemin se continue vers l’est. 

        Le tracé de notre voie continue quant à lui par le sud, reprend la route de Bruc à Redon, 300 m après Crésiolan. Puis, 2 700 m plus loin, sur le territoire de la commune de Bains-sur-Oust, elle rejoint la voie de Corseul à Rieux (voie 2-K), qui est la route actuelle D67, de Sixt à Redon. A cet endroit, se trouve la chapelle romane de Saint-Marcellin, récemment rénovée, qui marque la réunion des deux voies. La chapelle pourrait avoir succédé à un monument plus ancien, sans doute un lieu de culte païen situé au bord de la route.

                                                            Chapelle Saint-Marcellin

                                            chapelle St Marcellin détail  Chapelle Saint-Marcellin, détail : pierres de réemploi.       

 

         Bains-sur-Oust, paroisse primitive, est mentionnée dès 834, sous le nom de "antiqua ecclesia Bain".

         La voie rencontre vers l’ouest, 1 500 m plus loin, une route qui se dirige vers Glénac, puis passe un kilomètre plus loin sur la Chaussée de la Bataille, dont le nom rappelle le souvenir de la victoire bretonne contre les français, à Ballon (4).                          

        Elle croise, à 900 m de la Chaussée de la Bataille, la route vicinale de Bain-sur-Oust à Renac, et rencontre à Tournebride, trois kilomètres plus loin, la route actuelle D177 de Rennes à Redon. Elle pourrait avoir croisé, à cet endroit un vieux Chemin de Saulniers venant de l’est, par le Grand-Fougeray, Saint-Ganton, Saint-Just et se continuant vers l’ouest par Sixt-sur-Aff mais l’ancienneté romaine de ce chemin reste à prouver.  

       Notre voie peut se suivre vers le sud, presque sans interruption, tantôt comme chemin rural, tantôt comme chemin vicinal, sur une longueur de dix-sept kilomètres. Elle était connue au Moyen-Age sous le nom de Grande Route de Rennes à Redon (5). 

 

   

 la voie de Sixt à Redon                      

        Après le lieu-dit Tournebride, elle prend la direction de Redon par l’actuelle route D177, pour y pénétrer par la rue Saint-Michel. Ce quartier était appelé autrefois le Bourg-Neuf (6) et l’on sait que la plupart des lieux porteurs de ce nom ont une origine ancienne.   

      La voie ne devait pas traverser le centre de Redon car la ville n’existait pas encore, à l’époque romaine, en tant que cité. Elle passait probablement par les actuelles parties nord et ouest de la ville et empruntait ensuite la route de Saint-Jean-la-Poterie, suivant la Chaussée d’Aucfer au sud de Redon. Elle franchissait la rivière l’Oust, et entrait dans le Morbihan au Pont d’Aucfer.     

        La Chaussée d’Aucfer est très ancienne et elle est généralement considérée par les archéologues comme un tronçon reconnu de la voie romaine de Rennes à Rieux. Plusieurs orthographes apparaissent sur les anciens cadastres pour la désigner : Chaussée d’Aucfer, d’Auquefer, ou de Quefer               

        Je proposerai également un second itinéraire selon lequel la voie aurait pu gagner Tournebride puis l’ancien étang de Via, un kilomètre à l’est (7). De là elle aurait rejoint la route de Saint-Péreux à Saint-Jean-la-Poterie par les pentes nord  et ouest des collines de Beaumont, en prenant par Bahurel, au nord, et par Codilo, sur le bord de la route (8). Elle coupait la voie ferrée de Vannes et le canal de Nantes à Brest, rencontrait le Châtelet, à 400 m au sud du canal, et gagnait de cet endroit la Chaussée d’Aucfer.              

         Plus au nord, une troisième possibilité de tracé a également été envisagée. Au sud de Redon, la voie atteignait la cité de Duretia, aujourd’hui Rieux, où elle traversait la Vilaine. Le fleuve portait lui aussi à cette époque le nom de Duretia. Rieux, port fluvial et carrefour de voies est citée sur la Table de Peutinger. De nombreux vestiges gallo-romains y ont été exhumés (9).               

        Notre voie croisait ensuite la voie de Nantes à Vannes. Elle se continuait ensuite en direction de Guérande et de Saint-Nazaire. C’était la route du sel.   

NOTES SUR LA VOIE              

        A Bruz, Le lieu-dit Pierrefitte pourrait évoquer une borne milliaire, au passage de la rivière la Seiche. Et juste au nord de celui-ci, le Pont-Saint-Armel indique une traversée de la rivière, des débris gallo-romains y ont été retrouvés.

      Guichen était en territoire coriosolite. On a reztrouvé de nombreuses traces gallo-romaines sur le territoire de la commune : deux villas à hypocauste à la Grande Sadouve et au Pont du Canut, des tegulae à la Moutonnais, la Pitoisière, Lorinais, la Féroulais, la Porte, Frilouze (nombreux tessons de céramique), la Croix-Jean, Kermaria, la Croix Vallée et la Maltière.

         Guignen :

         Lohéac :

         Lieuron :

         Pipriac :

         Bruc-sur-Aff :

         Saint-Just :

         Renac :

         Bains-sur-Oust :     

        La Vilaine était déjà navigable dans sa partie inférieure, à l’époque romaine. Ainsi Le port du Castel (ou Chastel) est cité dans le Cartulaire de Redon : Portus Castelli. C’est un des futurs ports de Redon avec le port du Barilt, aujourd’hui Bauré.   Au niveau de Redon, le parcours de l’Oust anciennement Ulda : cartulaire de Redon), n’était pas le même que celui d’aujourd’hui. Elle faisait un grand méandre vers le nord, avant Aucfer, en passant au sud de l’hippodrome et près des abattoirs. La chaussée pénétrait à l’intérieur de cette boucle, le long des marais, ce qui explique la courbe accentuée de la voie.

        Redon, au confluent de l'Oust et de l'Aff, fut occupée depuis la préhistoire et l'époque romaine. On a retrouvé la trace de villas sur le territoire de la commune. La ville de Redon existera officiellement en 832, après la fondation de l'abbaye Saint-Sauveur par le moine Conwoïn, sur le promontoire de Roton. L'abbaye va devenir un lieu de pèlerinage important et Redon va alors supplanter sa voisine romaine, la cité de Duretie (Rieux) car les ducs de Bretagne en feront une ville fortifiée et un port fluvial important.

      Au village de Trohenat, des traces de fondations romaines correspondent à deux retranchements, de forme semi circulaire. Il pourrait s'agir d'un ancien camp destiné à protéger la voie de Rennes à Rieux. Celle-ci passait tout près, à l'est du hameau du Bezyl. 

       A Sainte-Marie, au lieu-dit la Morinais, on aperçoit encore les vestiges du camp romain du tertre du Brulais.

 

RENVOIS : 

(1)  Dictionnaire de Bretagne – Ogé.    Histoire militaire de Redon – J. Trévédy

(2)  Guichen (de gwic : vicus et hen : vieux)   vieux bourg ( à rapprocher du toponyme Vieux Vy

(3) Bulletin paroissial de Pipriac (mai 1910).

(4) La bataille de Ballon fut remportée par le roi de Bretagne Nominoë sur l’armée franque de Charles le Chauve, le 22 novembre 845, ce qui  marqua l’indépendance de la Bretagne.

(5) Bulletin paroissial de Pipriac (déc. 1908).

(6) Bulletin paroissial de Redon (fév. 1914).

(7) Via  signifie la voie, la route.

(8) Bulletin paroissial de Pipriac (mai 1910)  Histoire militaire de Redon – J. Trévédy.

(9) A Pont-Veix,  on voit encore une portion pavée de la voie passage du Don. Des documents sont disponibles à l’office du tourisme de Guémené-Penfao (circuit depuis la Croix des  Belles Contrées jusqu’à Conquéril, lieu où la voie enjambe le Don).

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