2-i VOIE D'ANGERS A CARHAIX

2-I 

 Voie d’Angers (JULIOMAGUS)

à Carhaix (VORGIUM)              

 

              Cette voie traverse de l’est à l’ouest tout le canton de Redon : elle est connue sous le nom de Grande Voie d’Ahès ou Chaussée d'Ahès, et elle figure sur la Table de Peutinger  

               Si nous recherchons son ancien tracé, elle devait entrer en Ille-et-Vilaine près du lieu-dit Malaunay, à 1 700 m au sud de Soulvache, dans le département de Loire-Atlantique, sur la route départementale D163, qui conduit de Soulvache à Rougé, en Loire-Atlantique. Cette dernière commune doit son nom à un ancien établissement romain, sans doute une station ou un vicus sur la voie, construit en briques rouges. Elle se trouverait au carrefour de deux voies romaines dont on a pu trouver des traces à la Salle et auVerger. Un pavage grossier était autrefois visible sur le parvis de l’église. 

 

La voie à son entrée dans notre département, du côté est 

            On aperçoit la voie à 1 300 m au nord-ouest de Malaunay, sous la forme d’un chemin rural qui se dirige vers le nord-ouest. Elle traverse la route D257, de Soulvache à Teillay, et rejoint, deux kilomètres plus loin, la D57, de Soulvache à Ercé-en-Lamée, au lieu-dit la Croix-des-Châtaigniers. Elle suit cette route pendant 500 m jusqu’à la Gicquelais, au Carrefour des Mares Rouges, où la route oblique vers le nord-ouest pour gagner Ercé, paroisse citée dès le du IXème siècle. Elle emprunte alors un chemin rural qui coupe la D82, d’Ercé à Teillay, au lieu-dit la Gare, à 1 500 m après la Gicquelais, puis le chemin vicinal qui mène d’Ercé vers la partie ouest de la Forêt de Teillay (un kilomètre plus loin) et enfin la D57, d’Ercé à Saint-Sulpice-des-Landes, aux Epinettes, 800 m plus à l’ouest. 

la voie 

            Elle sert de limite sur une partie de son parcours aux communes d’Ercé-en-Lamée et de Teillay, depuis La Gicquelais jusqu’aux Epinettes, mais l’utilisation comme frontière ne sera, cette fois, pas un argument sur l’ancienneté de la voie. En effet, la séparation des deux communes est récente.             

            La voie d’Ahès se continue ensuite pendant 1 900 m, en se rapprochant de la route départementale D772, de Teillay à Bain-de-Bretagne, et pour enfin la rencontrer aux Pierres Grises. A cet endroit, on aperçoit des alignements mégalithiques qui furent en partie détruits pour servir d’empierrements. Elle suit ensuite la route par un chemin rural parallèle à elle, juste au sud.

La voie à Bain-de-Bretagne 

            Elle croise une autre voie, un chemin Saulnier orienté nord-sud, à Ribé (voie 3-G). Elle coupe ensuite un chemin rural à la Halte de la Robinais, qui est un ancien relais de poste, puis se continue pendant 1 500 m comme limite de champs. Là, elle est encore visible sur le cadastre, restant parallèle à la D772, et à 150 m au sud. Elle traverse les Grandes Landes puis fait deux boucles, une première vers le sud-ouest, et une autre vers le nord-ouest, avant de rejoindre Bain en passant par la Noë-Saint-Yves, la Chapelle, la Haute-Chapelle (500 m au sud-est de Bain), et les Champs du Pavé, lieu-dit au nom caractéristique.   

            Dans sa traversée du centre de Bain, les rues qu’elle emprunte ont elles aussi des noms caractéristiques : elle entre dans la ville par la Chaussée de l’Etang, et en ressort par la Rue de Lohéac

            La voie suit la route de Messac pendant un kilomètre. On voyait encore, en cet endroit, au début du siècle dernier, un pavage très grossier sur une largeur de huit mètres (2).   

            Elle se détache ensuite du côté nord de la route, et se prolonge comme chemin rural, pendant 5 200 m jusqu’au nord de la Bourgonnière, coupant à cinq kilomètres de Bain la voie romaine de Rennes à Nantes (voie 1-J), puis la route D51, allant de Pléchâtel à Messac, 800 m plus loin. 

   intersection avec la voie de Rennes à Nantes.

Sur la photo, Angers-Carhaix est visible de gauche à droite.

la voie sur les landes de Bagaron 

            Une déviation pourrait avoir contourné Bain par le sud, sous forme d'une grande boucle évitant les parties basses de l'étang. Passant par la Croix-Rouge puis longeant la motte féodale de la Carriais, elle aurait pu rejoindre l'autre tronçon aux environs de l'intersection avec la voie de Rennes à Nantes. 

            A cet endroit, la voie forme la limite de la commune de Pléchâtel d’une part, et celles de Bain-de-Bretagne et Messac d’autre part.

            Les sites de Pléchatel, de Bain et de Messac furent occupés depuis la préhistoire. Dans ces trois communes, on a retrouvé des objets, des traces d’habitats du néolithique ainsi que de nombreux vestiges gallo-romains, villas et thermes.  

            Pléchâtel, au confluent de la Vilaine et du Semnon, est citée en 875 sous le nom de Plebs Castel. Dès l'époque romaine, un fort érigé au Châtellier devait à cet endroit protéger les voies de communication tant terrestres que fluviales.

  La voie depuis Bain jusqu'à la Vilaine            

            La voie arrive au Pont-Neuf, situé sur la rive gauche de la Vilaine. A cet endroit, frontière entre les peuples des Riedones et des Namnètes, eurent lieu deux batailles importantes. La première, en 578, vit la victoire du comte de Vannes, Gueroch, sur l'armée des Francs. La seconde, en 843, marqua la défaite d'Erispoé devant le comte de Nantes.  

 

 Le Pont-Neuf détruit en 1788, fondations.          

            Au Pont-Neuf, après avoir abandonné un gué plus ancien, la voie franchissait autrefois le fleuve sur un pont en maçonnerie composé de cinq arches et de quatre piles munies d’éperons. Deux de ces piles ont longtemps subsisté, elles mesuraient quatre mètres de hauteur. Lors de la démolition d’une troisième, au XIXème siècle, on a découvert des monnaies de bronze à l’effigie de Jules César. On aperçoit encore les traces des fondations sur la rive. De chaque côté, l’empierrement de la voie est nettement visible.

       

            La voie d’Angers à Carhaix, une fois la Vilaine traversée, suit la route de Lohéac (3), passe, deux kilomètres plus loin, au sud de la ferme de Mellac, dont le suffixe ac dénote une origine gallo-romaine. Elle entre ensuite à Lohéac, qui  se trouve à la jonction avec la voie deNantes à Corseul (voie  2-J) et la voie de Rennes à Rieux (voie 1-K).   

            Lohéac doit son existence à son château édifié sur les ruines d’un oppidum gallo-romain construit au milieu de l’étang. On a trouvé à Lohéac un cercueil, des vases et des monnaies de l’époque romaine (4).

 

 Lohéac, plan cadastral napoléonien. On aperçoit l'oppidum sur l'étang  

 La voie de Lohéac à Maure 

            La voie semble suivre ensuite la route actuelle de Lohéac à Maure-de-Bretagne (D772), puis la D48 de Maure aux Brûlais pendant 1 900 m, avant de se détacher de son côté sud, pour emprunter la route D248 vers Carentoir. Elle passe près du village de la Bouëxière, à 3 300 m de l’embranchement et à 400 m à l’est de la route. Ce nom évoque le souvenir d’un établissement gallo-romain. Elle quitte la route à 1 200 m de la Bouëxière, comme chemin rural, pour former un coude vers le sud-est, passe à la Roncerais, 1 500 m plus loin, et rejoint la grande route 800 m au-delà (5).

 

 ancienne motte, Lohéac

  

La voie à Maure

            L’historien rennais, Adolphe Ramé, a étudié cette portion de voie (6) sur la route D243, de Maure-de-Bretagne à Carentoir. Nous pouvons en voir trois coupes ci-dessous. 

       

 

            Autrefois, la voie franchissait la rivière Aff, 700 m au sud-ouest, au Pont de Marsac, dont la désinence indique une origine gallo-romaine. On voit sur la carte ci-après la grande boucle qu'elle formait afin d'éviter les zones basses et inondables de la vallée de l'Aff, puis elle remonte vers le nord-ouest et reprend sa direction initiale.   

 

La voie franchit l'Aff à Mur avant de quitter le département

   

Le pont sur l'Aff

              La voie traversait la cour du manoir du Mur, 300 m à l’ouest de ce pont (7). Son tracé forme à cet endroit la limite des départements de l’Ille-et-Vilaine et du Morbihan pendant plus d'un kilomètre.            

               A l’ouest du pont, sur une hauteur qui domine l’Aff, on peut voir les retranchements de l’ancien camp romain de Mur.

 camp du Mur Comblessac (2-i)

Site de Mur, commune de Comblessac   

            Ce parallélogramme de 300 m sur 50 m, entouré de talus et de larges fossés, n’est accessible que d’un côté et est protégé, de ce côté par un mur de terre de 20 m de base et de 10 m de hauteurOn a trouvé à Mur des monnaies du IVème siècle (8).

 

détail du rempart

temple de Comblessac 

            La voie, un peu après son embranchement sur la route D48, de Maure aux Brûlais et jusqu’à son entrée dans le Morbihan, forme la limite entre les communes des Brûlais et de Comblessac d’un côté, et de Maure, de Quelneuc et de Carentoir de l’autre côté.

 

La voie après avoir quitté le département, dans le Morbihan

            Après avoir quitté l'Ille-et-Vilaine, à la Touche-ès-Huet, elle se suit pendant plus de trente kilomètres, très visible encore aujourd’hui, tantôt sous forme de route, tantôt de chemin rural, depuis la région ouest de Maure jusqu’au-delà de Missiriac, dans le Morbihan (9). On aperçoit son bombé caractéristique et les talus qui la bordent dans sa traversée de la forêt de la Bourdonnaye où elle est citée sous le nom de chaussée d'Aé.     

NOTES SUR LA VOIE :  

             A Bain-de-Bretagne, on a répertorié de nombreux sites à tegulae (voir voie 1-J, de Rennes à Nantes), deux d'entre eux bordent la voie, peut-être s'agissait-il de stations routières : la Halte de la Robinais et l'Abbaye des Landes, deux toponymes assez caractéristiques du passage d'une route ancienne. Le bourg de Bain se trouve à l'intersection des deux voies.

            Les villes de Lohéac et de Maure semblent également avoir été deux carrefours importants. Il pouvait aussi s'agir de Mutationes, hôtelleries qui bordaient la voie romaine, ou alors d'ouvrages défensifs assurant la surveillance. Lohéac était à l’intersection de la voie avec les voies romaines de Nantes à Corseul (voie 2-J) et de Rennes à Rieux (voie 1-K). On y a retrouvé des traces d’occupation très ancienne.  

            Le peuplement de Maure-de-Bretagne est lui aussi attesté dès le néolithique, mais c’est surtout la création de l’ancienne paroisse d’Anast, en 843, qui va marquer le développement de la cité. Sa chapelle Sainte-Anne de Ropenard daterait du IXème siècle et elle aurait succédé à un monument plus ancien dont seule existe encore la fontaine liée à un culte pré-chrétien. 

 

 

Maure, chapelle Sainte-Anne de Ropenhard

            Après avoir quitté l’Ille-et-Vilaine, nous arrivons à Guer, à la limite du Morbihan. Cette ville se développa elle aussi à un croisement de voies (voir voie 2-K, deRieux à Corseul). Son prieuré Saint-Etienne fut édifié par-dessus un site gallo-romain. Des restes de colonnes, divers fragments de poteries et des monnaies y ont été exhumés.

   

poterie découverte à Guer

sur le site de la chapelle St-Etienne

             Près de là, sur la commune de Caro, dans le Morbihan, on a découvert deux bornes milliaires provenant de l’ancienne voie. Le nom de Caro vient du latin carofum, le carrefour. Des briques romaines provenant d’une ancienne habitation ont été réemployées dans le mur de l’église du bourg.     

 

 

   

chantier de fouilles à Carhaix

Cité de Carhaix : voir détail sur la voie de Rennes à Vorgium voie 1-N 

 

RENVOIS : 

(1) L'ancienne hostellerie de la Robinais fut un relais de poste dès le Moyen-Age.

(2) Le département d'Ille-et-Vilaine . Paul Banéat.

(3) Société archéologique d’Ille-et-Vilaine.  Histoire archéologique de l’époque romaine de la ville de Rennes – A. Toulmouche.   Pouillé de Rennes – Guillotin de Corson.

(4) Communication de M. L. Chesnais.

(5) Société archéologique d’Ille-et-Vilaine.Histoire archéologique de l’époque romaine de la ville de Rennes – A. Toulmouche.

(6) Cartons de M. A. Ramé

(7) Histoire de Bretagne – la Borderie.

(8) Communication de M. Harscouët

(9) L'association des marcheurs de Carentoir propose un circuit de randonnée, dit circuit de la voie d'Ahée, à travers la forêt privée de la Bourdonnaye. Le long de ce circuit, la voie est encore parfaitement visible près du lieu-dit la Chaussée. (Renseignements sur le site de la commune).

 

 

 

 

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