Les voies romaines en Ille-et-Vilaine
2-K
Voie de Rieux (DURETIA)
à Corseul (FANUM MARTIS)
Cette voie n'est indiquée dans aucun des documents écrits. Mais son existence, sans être avérée, est très probable car elle faisait communiquer les deux mers de l'Armorique (1).
Les principaux repères sur son tracé sont les actuelles villes de Sixt-sur-Aff, Guer, Paimpont, Gaël et Saint-Méen-le-Grand. Elle fut connue longtemps sous le nom de Route des Abbayes ou Chemin des Moines parce que joignant les abbayes de Redon, de Paimpont et de Saint-Méen. Cette voie servit également au transport du bois pour la construction navale, depuis la forêt de Paimpont en direction d'Alet.
Elle suivait, semble-t-il, le même parcours que la voie 1-K, de Rieux à Rennes, depuis la Chaussée d'Aucfer en Redon, jusqu'à la Chapelle-Saint-Marcellin, en Bains-sur-Oust.
chapelle St-Marcellin (Bains)
Elle marque l'emplacement exact de l'intersection des deux voies. Celle se dirigeant vers Corseul prenait ensuite la direction de Sixt-sur-Aff (2). De Sixt, elle pouvait gagner Guer et Saint-Malo-de-Beignon, dans le Morbihan, puis entrer de nouveau en Ille-et-Vilaine, soit par le sud de Concoret, soit au sud du château de Comper, au niveau du village de Saint-Marc (3).
On peut encore apercevoir son tracé, plus vers le nord, sous la forme d'un chemin rural qui marque la limite des communes pendant plus de neuf kilomètres.

l'abbaye et l'étang de Paimpont
En suivant les hauteurs, elle traversait la forêt de Gaël Paimpont (4), puis elle passait ensuite à la Grohandais et au Tremblay. Au lieu-dit Limpret, elle coupait la route de Gaël à Saint-Malon-sur-Mel, passait au Longrais et, 100 m plus au nord, traversait le Meu à gué. Elle continuait par la Ville-ès-Borgnes, coupait la D30, deux kilomètres à l'est de Gaël et se continuait, quatre kilomètres encore, jusqu'à Saint-Méen-le-Grand.
Toujours comme limite de communes, on suit ainsi son tracé par la Ville-Beslé, tracé qui disparaît pendant 300 m, réapparaît ensuite sur 300 m, croise un autre chemin vicinal et continue vers le nord, tantôt comme chemin rural, tantôt comme bord de champs, jusqu'à ce qu'elle arrive au lieu-dit Betton.
A 200 m à l'est de la Ville-ès-Vieux (5), elle coupe un autre chemin communal avant de prendre la direction des Gravelles. C'est dans ces environs qu'elle pourrait avoir rencontré une autre voie.
Nous noterons la toponymie des villages alentours, toponymies caractéristiques du passage d'un chemin ancien : à l'est la Millière, à l'ouest Mi-Voie, la Lande de Mi-Voie et le Bourg-Neuf.
A ce dernier endroit, la direction générale de notre chemin indique Saint-Méen-le-Grand, où la voie aurait pu faire sa jonction avec la voie de Vannes à Corseul (voie 2-L).
Cette situation au carrefour de deux voies joua certainement un grand rôle dans le développement de la ville de Saint-Méen : une première abbatiale dédiée au saint est bâtie en 1094, sur les ruines d'un autre édifice dont le monastère bénédictin va remplacer celui de Gaël, détruit lors des invasions. Très vite, sa situation sur la route fera de Saint-Méen un lieu de pèlerinage important. Partout à l'entour se construisent des congrégations, hôpitaux, auberges et hôtelleries, ainsi qu'une grande bibliothèque qui va devenir le centre de rayonnement culturel de la région (6).
Plus au nord, la voie entre ensuite dans le département des Côtes-d'Armor, prenant la direction de Corseul, le Fanum Martis des Coriosolites.
NOTES SUR LA VOIE.
Du sud au nord, elle croise Rennes Vannes (voie 1-L), Rennes Quimper (voie 1-M), Rennes Carhaix (voie 1-N) et fusionne sans doute avec Vannes Corseul (voie 2-L).
Sur le territoire de la commune de Gaël, dont le nom de Wadel, viendrait du gué sur la voie de Rennes à Carhaix, des fouilles archéologiques ont mis à jour des objets et pièces de monnaie, le long d’une ancienne voie séparant la commune de celles de Saint-Onen-la-Chapelle et de Muel, et appelée Chemin de Paimpont ou Chemin des Moines. Gaël aurait été la capitale de l'ancien royaume de Domnonée, fief du roi Judicaël.
La voie a été repérée aux environs de Caulnes, dans le département des Côtes-d'Armor. Elle était connue sous le nom de Chemin de Corseul. Vers 1860, lors de la construction de la voie ferrée, de nombreux objets gallo-romains ont été exhumés : restes de thermes, de sculptures, poteries et monnaies.
RENVOIS
(1) Recherche sur les voies romaines des Côtes-du-Nord - Gaultier du Mottay.
(2) L'origine du nom de Sixt évoquerait la sixième borne milliaire sur la voie.
(3) Saint-Marc, christianisation d'un édifice religieux dédié au dieu Mars.
(4) Une tradition veut qu'une voie soit passée au Pont du Secret, à Paimpont.
(5) les lieux-dits la Ville-ès-Vieux et la Ville-ès-Pieux, juste à côté du précédent, sont des déformations de la Ville-ès-Rieux, ce qui indique bien l'origine de la voie romaine : la cité romaine de Rieux (Duretia). Un kilomètre à l'ouest de Saint-Onen, se trouve également le Bois-Rieux, ainsi qu'un autre Bois-Rieux entre Saint-Méen et le Crouais, et une autre Ville-ès-Rieux, près de Quédillac, sur la même voie.
(6) abbaye de saint-Méen, voir voie 3-R.
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