3-O FORET DE VILLECARTIER

3-O 

  Une borne milliaire

 dans la forêt de Villecartier.

   

 la borne milliaire du Pont aux Voleurs, en forêt de Villecartier.   

            Au carrefour du Pinsonnet, près du lieu-dit le Pont-aux-Voleurs en forêt de Villecartier, une ancienne borne milliaire est aujourd’hui encore dressée au carrefour de sept vieux chemins (1). Il s’agit d’une borne de granit, d’une hauteur de 1,60 m qui est arrondie en son sommet et dont les inscriptions ont sans doute été effacées. 

3-O

      

 

 

            1. Le premier de ces sept vieux chemins était une ancienne route de pèlerinage conduisant de l’Aquitaine vers le Mont-Saint-Michel (voir détail, voie 1-E), et qui se serait substituée à un axe plus ancien, sans doute un embranchement de la voie menant de Rennes à Roz-sur-Couesnon (voie 1-D).

         Sous le nom de Chemin Montois, il traversait autrefois la forêt du sud au nord, venant de Marcillé-Raoul et Bazouges-la-Pérouse, et se dirigeant vers Vieux-Viel et Pontorson. Depuis Bazouges, on en voit encore quelques tronçons qui longent la route départementale D91.

           Le chemin coupe le ruisseau de la Jumelière au lieu-dit l’Etang, et se continue jusqu’aux Quatre-Croix, où il rejoint la D91. Tantôt chemin rural, tantôt route départementale, il passe par Bel-Air, la Mardelle et le Tertrais. Il traverse le ruisseau l’Alçon au Gué-du-Sud.

          Son tracé est ensuite recouvert par la route actuelle D91, aux Hauts-Rochers,  aux Loges et jusqu’à la lisière sud de la forêt de Villecartier, au carrefour forestier de Bazouges. Il passe devant la borne milliaire, érigée au sud de l’étang du Moulin et ressort de la forêt à la Courbe, sous la forme d’un chemin rural long de deux kilomètres, orienté vers le nord et qui passe par Maucrais, le Châtellier, à 200 m à l’est de Vieux-Viel.

          Il continue par les Buttes, la Barre et enfin passe dans le bourg de Vieux-Viel.  

       C'est à Vieux-Viel, du latin vetus via, que la vieille voie pouvait traverser le ruisseau de Tréhel, sous la forme d’un gué primitif, situé déjà à l’emplacement du pont actuel. Et, tout près de là, une ancienne motte semblait protéger le passage.

           Puis le chemin reprend sa direction première vers Pontorson, à travers les marais.  

       2. Un autre itinéraire, venant d’Antrain et de la Fontenelle, traversait les zones marécageuses du Couesnon, au lieu-dit Couesnon.A cet endroit, un rétrécissement du fleuve encadré de chaque côté par des surplombs rocheux, permet une approche assez aisée de la rivière et, tout près de là, l'oppidum d'Antrain semble encore surveiller le passage.

        Cet ancien village gaulois, important site de fonderie, fut fortifié par les Romains, du fait de sa situation sur une hauteur, à l’intérieur du confluent du Couesnon et de la Loisance.

           Un deuxième passage à gué est également possible, un kilomètre plus au nord, au lieu-dit la Roche.  

          Pendant très longtemps, le vieux pont situé route de la Fontenelle, a été le seul à franchir le Couesnon, sur la grand-route de Fougères à Dol, jusqu’au cours du XVIIIème siècle. C’est à proximité de celui-ci que les chouans et l’armée républicaine de Marceau se rencontrèrent en 1793, cet épisode marquant la fin de l’armée catholique et royale. D’après des historiens locaux, les piles des arches du pont dateraient de l’époque romaine.

          Ce second chemin gagne le bourg de la Fontenelle, commune dont le nom vient du latin  fontanella, la petite fontaine. Cette très ancienne paroisse est citée en 553, date d’une première donation faite à Saint-Samson, évêque de Dol. La légende dit que le saint aurait fait jaillir l’eau en enfonçant sa crosse dans le sol. Mais selon toute vraisemblance, cette fontaine pourrait avoir été un lieu sacré pré-chrétien au bord de la voie, avant que le christianisme ne s’en approprie le culte           

           Le chemin prend ensuite la direction de la forêt de Villecartier, par Roumasson et la Boutelais. Il passe sans doute lui aussi devant la borne milliaire du Pinsonnet, près de l’étang du Moulin et il ressort de la forêt entre les buttes du Château. L’oratoire du château pourrait avoir remplacé un édifice plus ancien            

           Après le Rocher-Toc, il rejoint la D155 au Pont-Perrin, oblique alors vers l’ouest et gagne Trans-la-Forêt par l’actuelle route départementale, en passant par la Planche. Après Trans, il prend la direction du Mont-Dol, par la Boussac et le marais de Dol.

le Mont Dol  le Mont-Dol sur lequel se trouvait un temple gallo-romain dédié à Jupiter (Mons Jovis) 

          A partir du Mont-Dol, son orientation indique les communes de la Gouesnière et d’Alet 

         3. Une troisième voie venant de Carhaix, se serait détachée de la voie 2-B, de Carhaix à Bayeux, au niveau de Merdrignac, dans les Côtes-d’Armor. Elle aurait ensuite suivi, vers le nord-est, la direction de Caulnes, Saint-Domineuc, la Chapelle-aux-Fitzméens et Combourg et aurait enfin rejoint les deux voies précédentes au niveau de la borne milliaire.            

            Elle pouvait mener vers Avranches. Mais nous resterons prudents sur l’âge de ces chemins car il est très possible que certaines des voies traversant la forêt de Villecartier, malgré leur ancienneté relative, n’aient été que les pistes empruntées au moyen-âge par les sabotiers, charbonniers et autres bûcherons qui vivaient dans les bois.  C’est sans doute cette destination que dut avoir le septième et dernier sentier du carrefour de la borne.            

       Nous avons par contre la preuve de l’ancienneté d’au moins un des chemins précédemment cités. Au Xème siècle, les vikings se retranchèrent dans la forêt de Villecartier et on peut d’ailleurs voir encore de nos jours les traces de l’ancien fort du Vieux-Mna qu’ils occupaient. Lors de la bataille de Trans le 1er août 939, ils furent vaincus par l’armée bretonne commandée par Alain Barbetorte (2). On peut dès lors considérer qu’un chemin antique a sûrement conduit les armées jusqu’à ce lieu.

 NOTES SUR LA VOIE :

         Trans pourrait avoir été à l’origine une mutatio, un établissement construit à l’intersection de deux voies pour servir de relais de poste et d’auberge. Plus tard, cette station service sur la voie est devenue une agglomération où se regroupèrent des commerces liés au passage sur la route.

            A la sortie est de la ville, sur la D83, direction Sougeal, un chemin orienté ouest-est passe à la Haute-Rue, puis traverse le ruisseau à Bel-Air, se continue par la Noé, le Rocher et la Pinelais. Juste au nord de cet endroit, nous noterons le Châtellier, avec son château et sa chapelle, l’ensemble ayant succédé sans doute à un établissement plus ancien. Le chemin traverse le ruisseau de Tréhel, passe au Haut-Dingé, aux Landelles et atteint le village de Lanrigan qui pourrait être la paroisse primitive de Sougeal, on y voit encore l’ancienne chapelle            

            Ensuite il est possible que le chemin ait pris alors la Courbe et la traversée du Couesnon pouvait se faire, soit au Guépéroux, soit au gué Perrier avant de prendre la direction de Sacey, en Mayenne.             

            Les noms en Courbe ou Coude sont intéressants à étudier pour signaler l’approche d’un gué, la ville de Courbevoie en est l’exemple le plus connu. En effet, les voies romaines n’abordaient pratiquement jamais les rivières à angle droit, elles formaient une longue diagonale de faible pente, sans doute pour permettre aux véhicules de ne pas s’embourber ni d’être renversés par le courant, en période de crue, avant de reprendre leur direction primitive.

RENVOIS :

(1) Archéologie et histoire des paroisses du canton d’Antrain – Léon Maupillé.

(2) Histoire de Bretagne – Abbé Poisson.

 

             

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