Les voies - Introduction 2

Les voies, introduction (suite)

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(Désolé pour cette coupure, mais la page précédente ne supportait pas l'ensemble du document)

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     La christianisation de l’Armorique nous offre de nombreux repères routiers. On a ainsi remarqué que, lorsqu'une voie romaine traverse un bourg, elle passe toujours à côté de l'église ou d'une chapelle isolée. Même une simple croix peut servir d'indice. En effet, la vie des premiers Chrétiens évangélisateurs de la Bretagne passe le long de la route. Beaucoup de monuments chrétiens ont remplacé un temple ou un sanctuaire païen. D'anciens milliaires retaillés sont quelquefois devenus des croix rustiques.  

     Au Moyen-Age, le pouvoir public néglige la route, pire encore il en vend parfois les pavés pour un réemploi en pierre de construction. Alors c’est l’Eglise qui se charge de l'entretien. Les routes de pèlerinage, les Chemins Roumieux, reprennent les anciens tracés. Les monastères et prieurés sont situés à proximité de la voie, ainsi que des hôpitaux, des léproseries, hôtels-dieu et autres centres de charité à destination des voyageurs.  

     Les châteaux forts succèdent souvent à d'anciens castra romains. A leur tour, ils surveillent la route pour la protéger et quelquefois aussi en profitent pour la rançonner.

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archéologie aérienne, traces d'un camp romain- photo Gilles Leroux 

        Les postes de péage ou Barres, nombreux, jalonnent les routes commerciales. 

     L'industrie du sel va elle aussi utiliser les anciennes voies romaines, rebaptisées pour l'occasion Chemins Saulniers. Certains de ces chemins permettent aux contrebandiers de faire voyager le sel illégalement depuis la Bretagne où il est exempt de taxes, jusque vers le Maine où il est au contraire frappé de droits élevés. On trouve encore la trace de ces chemins du côté de Saulnières et du Sel-de-Bretagne, communes à la toponymie révélatrice. 

       Les limites de communes suivent souvent le tracé d’anciennes voies. Le mot latin limes a d’ailleurs deux sens, limite et chemin. Alors, si des chemins ont été choisis comme limite de bans à deux paroisses, c’est qu’ils sont en toute logique antérieurs à la création de ces paroisses. Et quand on sait que beaucoup de nos communes existaient déjà dès le neuvième siècle, voire pour les plus anciennes à partir du sixième siècle, la preuve en est faite. On peut aisément supposer que les routes qui les séparent ont une origine gallo-romaine ou, en tous cas très ancienne.

      Afin de pouvoir déterminer l'âge de ces vieux chemins arrivés jusqu'à nous, le critère le plus important à notre disposition est le type de fabrication des voies. Vitruve, architecte impérial d'Auguste, en dit : "le stratumen (assise : vient du verbe stare) formé de grosses pierres plates posées sur plusieurs rangs, le ruderatio, sorte de béton composé de pierres plus petites et mieux tassées, qui empêche l'humidité, le nucleus, liant de chaux à sec mélangé avec du sable et de la brique pilée, tassé par couches, et la summa crusta ou summum dorsus, pavage ou dallage, ou quelquefois seulement cailloutis (glarea). La voie est bombée en son centre de manière à permettre l'écoulement des eaux de pluie vers les deux fossés." 

     Sans avoir la rigueur de Vitruve qui s'appliquait principalement aux entrées des grandes villes, la majorité des voies de notre région présente deux ou même trois de ces éléments, et cela nous suffira largement pour les caractériser. La voie romaine est reconnaissable à son bombé très caractéristique, lié à sa construction. Les fossés qui la bordent sonr eux-mêmes encadrés par des levées de terre. Alors, si tel ou tel vieux chemin présente cette forme, c'est une voie romaine. Mais les nombreuses réfections des voies, par empilements successifs de nouvelles couches, rendent souvent la reconnaissance difficile.

        Le tracé de la voie est choisi de manière à éviter de trop importants travaux. La route est à flanc de colline, exposée au sud, car les sols y sont durs et secs. Elle fuit les fonds de vallées, contourne les marais, trop longs et trop chers à combler. Mais, en cas d'obstacle inévitable, le génie romain a pu accomplir des prouesses. La construction varie suivant le terrain, certaines voies sont chaussées, d'autres peuvent être dallées, ou bien elles sont seulement empierrées.

        Aujourd'hui, il reste peu de vestiges des anciennes voies. Les tronçons apparents se trouvent souvent sur les hauteurs, là où l'érosion des siècles a dégagé la voie. Sur les pentes et les terrains humides, les traces ont presque toujours disparu, enterrées sous des couches plus récentes. Dans les bois, elles subsistent, cachées sous l'humus. La nature de la végétation permet de les reconnaître. Les genêtset ajoncs poussent sur les sols pierreux. Dans les champs, les céréales jaunissent plus vite à l'endroit de la voie. La photographie aérienne peut alors être un précieux auxiliaire. Dans les champs labourés, les empierrements retournés laissent des bandes de cailloux alors que le reste du champ n'en a pas. Enfin, sur les sols très durs, la forme bombée et les deux fossés encadrés de buttes de terre suffisent à différencier une voie romaine d'un chemin creux plus récent.

        La voie est essentiellement rectiligne, ou plutôt elle est une suite de segments rectilignes successifs, ce qui lui donne l'aspect d'une ligne brisée, car les ingénieurs romains utilisaient un système de visée par projection (la groma). La voie est aussi tracée en fonction du terrain existant, recherchant les lignes de crêtes, utilisant les terrains solides et dans des paysages dégagés, pour une plus grande sécurité. Si elle arrive à un cours d'eau important, c'est toujours à un gué remplacé plus tard par un pont. La voie aborde généralement le gué en diagonale mais, dans le cas d'étangs ou de marais, elle prend au plus court.

       On a souvent trouvé des monnaies dans les cours d'eau, offrandes à la divinité pour s'assurer un bon voyage. Bon nombre de guée ont disparu soit parce qu'ils étaient des obstacles à la navigation, soit du fait de la construction de ponts à leur emplacement, parce que le sol y était ferme et l'endroit propice. Le pont romain ne présente pas le profil bombé des ponts du Moyen Âge. Il est beaucoup plus étroit que la route, sa largeur ne dépasse pas trois mètres. Ses piles, construites en éperon dans le sens du courant, sont percées afin de laisser passer l'eau. Un tablier plat, souvent construit en planches de bois, et sans protections latérales, recouvre les piliers.

        Sur le bord de la voie romaine, ont été édifiées toutes sortes de constructions nécessaires aux usagers. Le Cursus Publicus (poste d'Etat), possède des écuries pour les chevaux, des hangars pour les véhicules, une forge, des logements pour le nombreux personnel, ainsi que des bâtiments confortables pour héberger les voyageurs officiels. Des horrea permettent d'entreposer les denrées et autres marchandises prélevées par le fisc. A d'autres endroits, des camps militaires sont destinés à la sécurité et à l'entretien des voies. D'abord simples retranchements de terre, ils deviendront des castella ou châtelliers, autant de jalons pour retrouver la voie.

     Plus tard, les stations deviennent des agglomérations, lieux de marchés. on y trouve des temples, des boutiques, tabernae, cauponae (restaurants). Il faut compter une dizaine de kilomètres entre chaque relais (mutatio) et trois relais entre chaque gite d'étape (mansio), l'équivalent d'une journée de marche à pied.

     Les vestiges de constructions sont nombreux à apparaître lors de travaux de voirie ou d'urbanisme, mais aussi dans les labours des champs. ce sont souvent des débris de petites briques ou de tuiles plates à rebord appelées tegulae, à la forme très caractéristique aux habitats gallo-romains. Ces indices permettent de supposer le voisinage d'un chemin, bien qu'à cette époque, tout comme aujourd'hui, les habitations n'aient pas forcément été au bord d'une voie de communication.

   On trouve aussi, au bord de la route, les mégalithes de la préhistoire, preuve d'une utilisation continue des anciens chemins protohistoriques. Egalement, les monuments religieux, tombeaux, sanctuaires et temples, deviendront plus tard les chapelles et églises, centres religieux des premières paroisses du Moyen Âge. Ces lieux de prières sont une aide précieuse au repérage des routes anciennes.

       La désaffectation d'anciens chemins peut elle aussi nous aider dans notre recherche. On trouve quelquefois un chemin vicinal ou rural parallèle à une route moderne et seulement à quelques centaines de mètres de celle-ci, et qui mène à un village aux maisons anciennes. Cette configuration peut nous indiquer qu'un chemin primitif a été déplacé, pour une meilleure circulation des véhicules modernes. La route actuelle a cessé de desservir directement ces hameaux, sources d'embouteillages. La plupart des tracés déviés sera à étudier.

      Enfin, l'étude des noms de nombreux lieux permet de suivre les tracés des anciens chemins. Vous en trouverez le détail sur la page suivante : toponymie des voies.

 

 





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